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Les trois grands péchés récents du pouvoir de Bujumbura

Affaiblir le cercle des généraux, un limogeage qui ne devrait pas, un emprisonnement mal pensé, voici les trois grandes erreurs récentes, commises au mauvais moment, qui risquent de coûter cher au régime Cndd-Fdd.

Les militants du Cndd-Fdd en plein meeting.                Crédit photo: Iwacu

Les militants du Cndd-Fdd en plein meeting. Crédit photo: Iwacu

Toucher les Généraux

Ce fût un coup de tonnerre. Et c’est le fameux grand cercle des généraux qui a été touché, vexé, diminué et enfin affaibli. Nul n’ignore le poids que pesaient l’ex patron du Service National des Renseignements Adolphe Nshimirimana et l’ex chef de cabinet à la présidence Alain Guillaume Bunyoni dans le parti et dans tout le pays en général récemment touchés, quoi qu’ils fussent réputés pour « intouchables ». Leur départ semble avoir levé le voile sur le mythe Cndd-Fdd. Un parti jusque-là qui n’avait, visiblement, rien perdu de ses instincts de guérilla. Un journaliste se posait la question dans les colonnes de l’hebdomadaire Iwacu si l’aigle (emblème du parti présidentiel) ne serait pas en train de perdre ses plumes. Si, peut-être! Dans la mémoire collective, il ne représenterait plus la même force qu’hier. Et l’éviction des deux grosses pointures y serait pour quelque chose.

Limoger Niyombare

Il venait de prendre les rênes du service des renseignements. Trois mois après, un rapport accablant tombe. Le Général allait franco en demandant au président de renoncer à ses intentions de briguer un troisième mandat. Entre nous, que pouvait faire le chef de l’Etat ? Le limoger. (Je le soutiens). Sinon comment allait-il gouverner étant en conflit ouvert avec le chef de sa police ? [Le service national des renseignements= police présidentielle]. Mais là aussi, rien n’a été gagné. Le linge pouvait se laver en famille. Ils ont préféré l’étaler dehors. Soit. Godefroid Niyombare a été limogé. Personne n’ignore ce qu’il représente au sein du parti et dans le pays. C’est aussi un ancien guerrier de l’ex mouvement rebelle. Désormais, il est le symbole de ceux qui aspirent au changement au sein du Cndd-Fdd. Et le chef de l’Etat s’est créé plus d’ennemis dans son propre camp. La bataille la plus dure à gagner.

Emprisonner Bob

La pire des bourdes du pouvoir de Bujumbura. Il n’aurait pas dû. Pour les prochaines élections, l’attention portait peu sur la candidature du président, la question était plutôt de savoir si le peuple pourra dire « Non » à un « mandat de trop ». Là aussi, plus de doute. Le peuple est capable. Les détracteurs du pouvoir peuvent dire merci au grand « M » à celui qui a mis le directeur de la Radio Publique Africaine en tôle. Les récents manifs, du jamais vu au Burundi, lors de sa libération ont dégrisé les esprits.

Trois grosses erreurs que Bujumbura avec un pouvoir, qui, clopin-clopant, tente de prouver sa force, n’aurait pas dû commettre à deux mois des élections. Il reste à savoir si l’évasion de la prison d’Hussein Radjabu, ancien patron du Cndd-Fdd, qui défraie la chronique, n’apparaît pas comme première retombée des trois gaffes susmentionnées.

Time is money : les Burundais l’ont compris

HorlogeC’est la grande leçon que les Burundais peuvent tirer, à leurs dépens peut-être : le temps perdu ne revient, et ne reviendra jamais. Jamais ! Et faut-il l’avouer, le temps est désormais la plus grande richesse au petit pays Cœur d’Afrique qui a aujourd’hui droit à un fleuve d’infos. Avec un job qui donne du fil à retordre aux journalistes : faire le tri entre quoi traiter et quoi laisser tomber. Normal : le Burundi approche son grand rendez-vous, les élections.

Choisissons donc!

Nous avons eu le temps de célébrer le retour triomphal du journaliste Bob Rugurika qui avait été incarcéré injustement. Il a été accueilli par une foule en délire. Du jamais vu au Burundi !

Nous avons consacré un moment à commenter les destitutions en cascade des mauvais élèves du système Cndd-Fdd. Mais arrêtons-nous sur un fait, ou enfin sur un homme. Ce général qui aurait brisé le mythe en demandant au chef de l’Etat (les deux ayant fait le maquis ensemble) de ne pas briguer un troisième mandat. Un mandat contre tout, contre l’ensemble de l’opinion nationale, contre la loi…
Aussitôt nommé, aussitôt limogé : le général Godefroid Niyombare, conscient qu’il ne fera pas long feu à la tête des services secrets, savait que time was money. En trois mois, il vient d’entrer dans l’histoire par son « Non » un grand « N » au mandat de trop. C’est au moment où d’autres se battent pour avoir une séance rattrapage de cinq ans de plus aux dix ans déjà brûlés. Comme quoi le temps était du vent. Non. Time is money !

Tout est politique ! Même le foot. C’est l’actu qui m’a tordu

Lors de la rencontre de ce mercredi 28 janvier 2015 entre CIV et Cameroun

Lors de la rencontre de ce mercredi 28 janvier 2015 entre CIV et Cameroun

Fan de foot. D’habitude, je ne rate pas une grande compétition comme la Coupe d’Afrique des Nations. C’est la grande fête pour le continent noir, le grand rendez-vous pour nourrir l’actu mercato par de nouvelles étoiles montantes. Mais cette fois-ci, j’ai porté atteinte à mon intégrité émotionnelle en ne regardant que quelques rencontres. Sinon, comment se délecter de ce joli spectacle quand tu es tout le temps mitraillé de mauvaises nouvelles, précisément de ce compatriote, un collègue, Bob Rugurika, directeur de la Radio publique africaine, emprisonné pour ses révélations fracassantes sur l’assassinat des trois sœurs italiennes ? Mettons de côté « regarder », il devient de plus en plus difficile pour un journaliste burundais de « penser foot » aujourd’hui.

J’ai failli rater le grand match

Il faudra un tweet héraut pour ressusciter mes instincts footeux, d’un média qui, d’habitude, n’est pas trop fan de l’actu africaine.

Chez nous, on ne rate pas un si grand match. Le lion qui rugit pour dégommer tout cru l’éléphant ? On ne résiste pas. J’ai dû chambarder tous mes programmes pour être tranquille devant l’écran de télé à 20 heures pile (heure de Buja). Le coup d’envoi lancé, je tourne les yeux, change de chaîne, me lamente… Où est Alex Song ? Ekotto ? Eto’o, lui, je savais. De nouveaux visages sur terrain. Mon verdict tombe sur le champ : cette équipe va être lynchée. Une minute, cinq, quinze… de très belles combinaisons. Pas de guerre des ego, les insultes, parfois coups-de-poing entre coéquipiers, c’est de la vieille histoire. Le groupe m’épate. « Gare à ma Côte d’Ivoire ! » la phrase me tourmente. Je serre les fesses. Puis une mouche me pique.

Aïe ! L’actu locale me rattrape : je pense à notre classe politique qui nous crée des histoires depuis des décennies, qui semble avoir échoué à aller au-delà de l’ego pour penser l’intérêt général, qui a du mal à concevoir un projet de société pouvant tirer le peuple burundais de la misère qu’il endure depuis plus d’un demi-siècle. Et mon cœur murmura en lui-même : « Tout est politique. Si jamais le tsunami qui a balayé les vieux lions du Cameroun pouvait passer chez nous pour mettre sur la touche ces vieux dinosaures pour permettre au sang nouveau de circuler ».

« La guerre, c’est tout ce que j’ai à vous offrir »

Devant ces 90 jeunes « rebelles » (bilan officiel) sacrifiés pour une cause jusque-là inavouée, dans un affrontement avec l’armée régulière au nord-ouest du Burundi, il ne me reste qu’une chose : la prière.

NoooLes jeunes, « le Burundi de demain », nous rabat-on les oreilles sans cesse. Mais les voilà immolés sur l’autel des intérêts qui sont loin, très loin, d’être les leurs.

Pourtant, on nous les montre capturés sur le champ de bataille. Chacun tête baissée, confus, symbole de la traîtrise… Malheur aux vaincus ! Mais on n’a jamais vu ceux qui les envoient sur le front, les seigneurs de guerre, les maîtres-chanteurs qui ne chantent pas… qui ont, peut-être, les moyens d’offrir mieux : un travail, une chance de poursuivre les études, au lieu de les laisser tomber, décapités et déchiquetés, sous les balles de l’armée nationale pour une cause floue que personne ne veut assumer.

Seigneur, pardonne à tous ceux qui sont en train d’offrir une pierre au lieu du pain, un serpent au lieu du poisson, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! Amen !

 

 

Non, non, et non au bizutage dans nos universités!

Les portes de l’Université du Burundi sont fermées depuis peu. Les étudiants sont en grève. Pour cause, juste une histoire de bizutage qui aurait mal tourné entre étudiants de ladite université et ceux de l’Institut Supérieur des Cadres Militaires. Encore un couac qui ne fait qu’amplifier mes réticences.

UBQuoi de plus rabaissant que le bizutage? Quel épisode le plus avilissant, humiliant que ce passage (devenu) obligé pour ces étudiantes novices, têtes baissées et rasées, embarrassées dans les rues de Bujumbura, au nom du « grand », « respectueux » et historique baptême, cher à la seule université publique, l’Université du Burundi ? Quelle expérience la plus exécrable pour un jeune étudiant que de se faire tabasser, cracher dessus, par ceux censés te protéger, pour la simple faute d’avoir franchi les portes de l’université ? Rares sont les moments où j’affiche carrément ma prise de position. Ici, dois-je le dire tout haut, c’est le ras-le-bol. Je me sens obligé de le vomir, ma capacité de digestion ayant tiré sa révérence.

Qui sont les artisans du bizutage?

Les anciens ? Trop simpliste. Disons « poilissimes », comme ils se nomment. Et que veut dire le mot ? Ne me posez pas la question. Eux-mêmes ne font que tourner les yeux au lieu de se définir. Certains tentent une explication se référant aux fameux poilus, les soldats français, de la première guerre mondiale. Faisons simple et plantons leur décor: une armada de gars qui travaillent le plus sur le paraitre, dégageant un air frimeur partout sur leur passage. Toujours en chemise longue manche, jamais en pantalon jeans perçu comme une tenue des sans scrupule, marchant toujours à pas de tortue en l’honneur d’un slogan populaire : « le poilissime ne court jamais même si ses intérêts sont en danger »,…Bref, une génération dans la geôle de la nostalgie, de l’illusion, se prenant pour les lauréats de l’époque coloniale pour qui tout (bon boulot, belle voiture, maison qui fait rêver…) les attendait impatiemment à la sortie de l’université. Mais comme la vie est impitoyable, c’est au bout du tunnel, que l’on réalise qu’on a perdu quatre ans dans des futilités, n’ayant jamais eu l’occasion d’apprendre comment créer par exemple sa propre entreprise, petite soit-elle, pour défier ce fléau du chômage qui risque de mettre à genou toute cette jeune génération, les « poilissimes » y compris.

P.S : le Burundi n’étant pas une île, voici quelques témoignages de ce qui se passe aux quatre coins du monde :

Magloire Zoro (Ivoirien, étudiant en Egypte) : « Bonjour Frangin. Là où je suis en Égypte, il n’y a pas de bizutage, c’est une Université qui forme les cadres africains. J’ai posté un lien à propos sur mon mur. Tu peux voir la vidéo pour te faire une idée de l’Université. Et avant ça, j’étais dans une Université privée à Abidjan (UCAO) où il n’y a également pas de bizutage. J’étais aussi parallèlement dans une Université publique en Côte d’Ivoire. Là-bas, il ne s’agissait pas tellement de bizutage, mais c’était plutôt une perpétuelle pratique d’intimidation opérée par la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) sur tous les étudiants qui n’épousaient pas leurs idées. Tu en as entendu parler j’espère ! Cette psychose a duré jusqu’à la récente crise postélectorale qui a permis de faire le nettoyage du système académique… »

Juscaëlle Iradukunda (Burundaise, étudiante en Italie) : « Ici, on ne pratique pas le bizutage. Plutôt quand je suis arrivée pour la première fois, on m’a présentée mes professeurs pour qu’ils sachent que j’ai des difficultés de langue, ne parlant pas l’Italien,…Vraiment ces histoires de bizutage n’existent pas ici. »

Une étudiante, Burundaise, qui évolue en Europe (elle a requis l’anonymat) : « Oooohh. Quand l’année commence, tu arrives et tu entre directement dans ton bloc. Il n y a rien de baptême pour les nouveaux à l’instar de ce qui se passe au Burundi. »

Qui peut prétendre fêter noël comme eux?

IMG-20141224-WA0002C’est noël. Mieux : dans la capitale Bujumbura, au Burundi, c’est le moment de franchir certaines limites : s’offrir le meilleur des vins même si ce n’est pas évident pour le minerval des enfants au mois de janvier. On s’en fiche. C’est noël. Il faut faire comme les autres. Le qu’en dira-t-on à l’africaine. Il faut aller rendre visite le voisin, même pour le moins sociable. Et surtout, une pratique finalement universalisée et médiatisée, il faut organiser un Noël pour les enfants : boire, manger, jouer pour enfin chanter et danser. Sauf qu’au village, je n’ai jamais vu cela.

Pourquoi ?

Pour eux, les fils du village, noël, c’est chaque jour ou jamais. Eux qui ignorent tout sur le père noël et sa magnanimité d’offrir les cadeaux partout. Mais qu’importe ? Ils n’ont pas les bonbons et les gâteaux à déguster, pourtant à chaque minute qui passe, ils partagent tout, même rien : la misère, la joie qu’offrent ces patates douces parfois cachées dans ces culottes aux yeux grandement ouverts par derrière laissant respirer allègrement les fesses. Sont-elles de leurs champs culturaux ou pas ? Cuites ou crues ? Ce n’est pas leur problème. Ils préfèrent d’ailleurs les grillées. Ce sont celles-là, vous diront-ils, qui revigorent le plus, pour affronter le quotidien du village : escalader les collines à la recherche de l‘eau potable après les cours, les « d à d » (devoirs à domicile) restant une affaire des citadins, jouer au foot même sans ces indispensables grolles édentées, parfois faire la cuisine,…

Chez eux, au village, le noël c’est chaque jour. Et personne ne peut prétendre le fêter comme eux. Normal ! Ce sont des anges.

Au Burundi, vaut mieux Whatsapp que la police

323985_462685727083559_766208862_oTout part d’un voleur, plutôt un homme aux allures d’un boss, avec une bagnole en plus, une belle, pris après son coup raté de vol d’un p… de téléphone mobile. Un escroc, voilà, sans tourner autour du pot. Comme tout arnaqueur, au départ, il jurera par tous les dieux, tentant de clamer son innocence à qui veut l’entendre, malgré qu’il ait été pris la main dans le sac. Et pourtant, une phrase suffira pour qu’il s’incline, confesse et se livre complètement : « nous allons mettre ta photo sur Whatsapp ! »

Visiblement rodé en coup fourré, n’ayant plus peur de la police, le voleur déguisé se retrouvera à genoux grâce à de simples flashs des Smartphones.

Quelle folie des TIC? Mais ce coup de théâtre susmentionné ne reste qu’un cas pêché dans un océan d’épisodes beaucoup plus délirant. Que dire de ces vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, mettant à nu la vie privée des personnalités publiques parfois, les dérives des moments intimes entre groupe d’amis. Sauf qu’entre eux, il y a toujours une taupe pour filmer en catimini, ensuite télécharger et enfin partager sur whatsapp.

Mais au-delà de ces extravagances, l’on peut saluer cette conscience qui s’installe petit à petit.Tout le monde fait désormais gaffe à ses gestes, craignant de faire les délices des sans scrupules qui prennent n’importe quoi pour alimenter la toile. Mais l’on peut déjà dire bravo à whatsapp qui arrive désormais à mettre de l’ordre, sans matraque, ni menottes, encore moins gaz lacrymogène, là où la police burundaise a du mal.

 

Burundi : l’histoire d’un bateau qui a perdu le nord

L’heure n’est pas loin de sonner le glas du système éducatif burundais. De l’école primaire à l’université, personne ne sait plus où elle va. 

BateauLes étudiants burundais, des universités publiques et privées, sont en grève depuis peu. La raison : ils ne comprennent, ni ne saisissent d’où vient et va le nouveau système LMD (Licence-Master-Doctorat). Pire, ils disent ne pas savoir ce que sera l’équivalent de leurs nouveaux diplômes. Mieux : au moins eux, ils peuvent crier, réclamer, grever, et leur voix peut encore retentir dans les oreilles de nos dirigeants.

A côté, des écoliers, innocents, qui ignorent ce qu’est « grever », sans Délégué Général ni Association Machin pour défendre leur cause, dans une nouvelle moule : l’Ecole Fondamentale. Un système dont les programmes tiennent compte de la réalité de l’Afrique, oui, avec comme innovation l’entrepreneuriat. On avait longtemps tiré à boulets rouge sur ces anciens programmes qui datent de la période coloniale dont l’un des objectifs était de former des bureaucrates, qui vivent à longueur de journée moulés dans des costumes cravates. Le Burundi, pour ne pas dire l’Afrique entière, en avait visiblement assez.

Ironie du sort

Malheureusement les désapprobations fusent de partout pour dénoncer « un système qui arrive peut-être au mauvais moment et qui vient sacrifier toute une génération qui sert aujourd’hui de cobaye parce que mal pensé». Sinon que dire de ce manque criant d’enseignants, d’instituteurs qui dispensent des leçons dont ils n’ont jamais appris eux-mêmes à l’instar de l’anglais et du swahili, de ces locaux dont la qualité laisse à désirer dépourvus de tout matériel didactique ?

Bref, un système éducatif paralysé « de la tête aux pieds », avec des universitaires qui ignorent complètement la destination de ce nouveau train dans lequel on les embarque. Derrière eux, des écoliers jetés dans une machine dont le contrôle de la manette semble échapper complètement à son maître.

Voici donc un bateau qui a perdu le nord avec un capitaine qui ne sait visiblement plus quoi faire. Dire que l’heure est grave pour le système éducatif burundais n’a rien d’un scoop. Par contre, exposer la soif d’avoir un nouveau maître capable de redresser la barque peut en être un.

 

Je ne sais plus quoi dire !

L’équipe gouvernementale du Burundi est en retraite dans la province de Gitega (centre du pays) depuis ce jeudi 16 octobre 2014 pour parler, réfléchir, échanger sur « la lutte contre la corruption ».

Le gouvernement du Burundi.

Le gouvernement du Burundi.

Quelle cause ô combien noble ! A ceux qui ignorent les réalités du Burundi, il est parmi le top five des pays les plus corrompus d’Afrique. Ici je n’ai pas grand-chose à dire. Je suis Burundais. Je vis les mêmes réalités que mes compatriotes. Bref, aucune leçon à donner.

Et en guise d’ouverture des travaux, voici le tweet de la présidence, pourtant plein de bonnes intentions, mais qui risque de provoquer le tollé général : « Nous voudrions réaffirmer que la lutte contre la corruption est 1 choix irréversible &le cheval de bataille pour le gouvernement ». Un statut également présent sur Facebook. Moi-même j’ai cliqué sur « partager ».
Comme convenu, je ne commente rien. Je vous donne les réactions de ces internautes, pliées en une ou deux lignes. Et vous aurez tout le topo. J’espère.

Olivier Blessing Umugisha : « Ça fait plaisir d’entendre à l’approche de 2015 ».

2015 étant le rendez-vous pour les prochaines élections.

Alfred Burimaso : « Que la retraite soit un succès. Plusieurs bandits en cravate; des kleptocrates freinent sensiblement le développement socio-économique de notre pays. Que des mesures soient formulées et mises en pratique en vue de les combattre ».

Ok. Vu les réactions, la messe est dite. Et je n’ajoute rien sauf rappeler une belle leçon que nous donnait tout récemment Jean François Bastin, journaliste belge de renom, aujourd’hui en retraite, sur ces ateliers, séminaires, retraites… qui font les délices des hôtels burundais sans résultats palpables : « Le séminaire est la meilleure façon d’échapper à la réalité et à la responsabilité, on y parle pour ne pas agir, on y remue des mots et du vent. Si ces milliers d’ateliers avaient eu la moindre utilité, le Burundi serait aujourd’hui le pays le mieux organisé du monde et tous les Burundais seraient heureux… »

Merci Bastin, et bonne chance au gouvernement du Burundi !

 

 

 

RFI…vas-y mollo avec le Burundi hein?

Ma chère RFI, ces derniers temps, je vois que tu suis de très près l’actualité burundaise. Les cadavres de Rweru, les griefs de la jeunesse du parti présidentiel (Imbonerakure),…mais fais gaffe avec Kiliba-Ondes en RDC, tu risques de ne pas faire l’exception.

PS: Note à toi, lecteur : de nombreux commentaires sur cet article m’amènent à te préciser une chose : dans ce papier se cache beaucoup d’ironie.

L’empire du Congo ? C’est vaste, très vaste, complexe, difficile à maîtriser. Surtout ce Kiliba RFIOndes qui a envoyé en tôle pendant plus de trois mois celui qui est désormais une légende vivante pour la lutte des droits humains au Burundi, Pierre Claver Mbonimpa, libéré ce lundi 29 septembre. Il fallait que vous vous taisiez monsieur Mbonimpa. Il ne fallait pas parler du Congo. Surtout pas de Kiliba Ondes ni de ses mystères sur les entrainements militaires des jeunes burundais qui s’y dérouleraient. Ce ne sont pas les sujets qui manquaient : les prisonniers qui crèvent de faim, dont leurs dossiers pourrissent dans les tiroirs des magistrats, sans avocats pour plaider leurs causes, patati patata. Mais là franchement, vous avez ouvert la boîte de pandore!

Triste

Et comme nous n’apprenons rien du passé, Radio France Internationale vous emboîte le pas monsieur Mbonimpa. Triste ! Jusque-là ce n’était que des papiers signés au conditionnel. Aujourd’hui, elle parle des faits. Elle affirme tout. « Et pourtant, ils sont bien là, dans la plaine de la Ruzizi (Sud-Kivu), comme RFI a pu le constater ». Qui ? « Des hommes en armes et en uniformes militaires burundais », cimente l’article paru ce 1er octobre. Tout au présent de l’indicatif comme vous monsieur Mbonimpa avant votre arrestation.

Rappel

Et moi, je rappelle à la RFI qu’il n y a pas de justice à deux vitesse au Burundi. L’infraction étant la même-avoir parlé de Kiliba Ondes et affirmer que des militaires burundais s’y trouvent-le châtiment risque d’être aussi le même. Mais bof, tu te dis peut-être : « Je suis à Paris, on ne me fera rien ». Souviens-toi, Obama est à Washington, le parlement européen en Europe, et tu n’es pas plus fort, ni plus loin qu’eux. Et pourtant ils viennent d’essuyer tous deux une sacre leçon de la géographie ayant parlé du Burundi « qu’ils ne peuvent même pas situer sur la carte », du moins d’après le porte-parole du gouvernement burundais. Pardon ! Ça c’est l’Exécutif tandis que l’affaire Mbonimpa était dans les mains de la Justice. Et chez nous, la séparation des pouvoirs est de mise. C’est moi qui allais glisser. Mea culpa !