Archives mensuelles : janvier 2015

Tout est politique ! Même le foot. C’est l’actu qui m’a tordu

Lors de la rencontre de ce mercredi 28 janvier 2015 entre CIV et Cameroun

Lors de la rencontre de ce mercredi 28 janvier 2015 entre CIV et Cameroun

Fan de foot. D’habitude, je ne rate pas une grande compétition comme la Coupe d’Afrique des Nations. C’est la grande fête pour le continent noir, le grand rendez-vous pour nourrir l’actu mercato par de nouvelles étoiles montantes. Mais cette fois-ci, j’ai porté atteinte à mon intégrité émotionnelle en ne regardant que quelques rencontres. Sinon, comment se délecter de ce joli spectacle quand tu es tout le temps mitraillé de mauvaises nouvelles, précisément de ce compatriote, un collègue, Bob Rugurika, directeur de la Radio publique africaine, emprisonné pour ses révélations fracassantes sur l’assassinat des trois sœurs italiennes ? Mettons de côté « regarder », il devient de plus en plus difficile pour un journaliste burundais de « penser foot » aujourd’hui.

J’ai failli rater le grand match

Il faudra un tweet héraut pour ressusciter mes instincts footeux, d’un média qui, d’habitude, n’est pas trop fan de l’actu africaine.

Chez nous, on ne rate pas un si grand match. Le lion qui rugit pour dégommer tout cru l’éléphant ? On ne résiste pas. J’ai dû chambarder tous mes programmes pour être tranquille devant l’écran de télé à 20 heures pile (heure de Buja). Le coup d’envoi lancé, je tourne les yeux, change de chaîne, me lamente… Où est Alex Song ? Ekotto ? Eto’o, lui, je savais. De nouveaux visages sur terrain. Mon verdict tombe sur le champ : cette équipe va être lynchée. Une minute, cinq, quinze… de très belles combinaisons. Pas de guerre des ego, les insultes, parfois coups-de-poing entre coéquipiers, c’est de la vieille histoire. Le groupe m’épate. « Gare à ma Côte d’Ivoire ! » la phrase me tourmente. Je serre les fesses. Puis une mouche me pique.

Aïe ! L’actu locale me rattrape : je pense à notre classe politique qui nous crée des histoires depuis des décennies, qui semble avoir échoué à aller au-delà de l’ego pour penser l’intérêt général, qui a du mal à concevoir un projet de société pouvant tirer le peuple burundais de la misère qu’il endure depuis plus d’un demi-siècle. Et mon cœur murmura en lui-même : « Tout est politique. Si jamais le tsunami qui a balayé les vieux lions du Cameroun pouvait passer chez nous pour mettre sur la touche ces vieux dinosaures pour permettre au sang nouveau de circuler ».

A Buja, nous avons tous raison

Embouteillage sur embouteillage. Les différentes artères de la capitale du Burundi sont inondées de voitures pendant certaines heures précises. Un vrai casse-tête. Au-delà des « nouveaux riches » qui font accroître le nombre de ces engins, un symptôme d’un grand cancer qui ronge nos âmes s’y cache.

 

En plein coeur de Buja

En plein coeur de Buja

Pointez-vous aux différents carrefours de Bujumbura le matin vers 8 heures, midi, et soir vers 18 heures, vous comprendrez une chose : tout le monde est pressé, et vous rentrerez avec un constat : tout le monde a raison. Une spécialité de Buja (Bujumbura pour ses fils et ses amis). Sinon que dire de ces dizaines de véhicules qui passent des heures à nous casser les tympans par des klaxons interminables, criant à qui veut les entendre, tentant de se frayer du chemin par tous les moyens, passant par les trottoirs des piétons, prêts à sauter faute de pouvoir dépasser, le respect du code de la route, ou plutôt le respect d’autrui, étant devenu une vieille histoire, démodée, digne que pour nos aïeuls.

L’iceberg

Ouais, c’est peut-être la partie visible d’un grand malaise, un désordre qui nous habite, nous hante, nous tourmente pour enfin exploser dans de petits détails qui passent parfois inaperçus. Je pointe cette pratique qui s’érige de plus en plus en une culture, cet égoïsme qui nous fouette tous quand on cherche à être servi en premier au guichet de la banque même si l’on est dernier à franchir la porte d’entrée.
C’est  cette loi du moindre effort qui nous guide quand nous faisons grise mine, jaloux, de voir notre collègue promu au boulot alors que nous sommes conscients qu’il fait mieux que nous.

J’épingle ce désordre qui se révèle dans certaines banalités : ces petits emballages de chewing-gum qui jonchent les rues malgré les poubelles publiques érigées dans pas mal d’endroits. Cette police, plutôt ces policiers-il ne faut pas globaliser-qui vendent les permis de conduire au lieu de faire passer le test aux futurs conducteurs, comme le dit la loi, afin de nous éviter cette cohue des véhicules qui ne savent plus lequel devrait passer en premier, bousillant ainsi notre temps.

Au final, c’est cet ego, cette médiocrité, ce manque de sagesse, ces calculs spéculateurs qui nous tordent, nous faisant tourner en rond, que je dénonce. Si seulement nous pouvions…Bujumbura serait…

« La guerre, c’est tout ce que j’ai à vous offrir »

Devant ces 90 jeunes « rebelles » (bilan officiel) sacrifiés pour une cause jusque-là inavouée, dans un affrontement avec l’armée régulière au nord-ouest du Burundi, il ne me reste qu’une chose : la prière.

NoooLes jeunes, « le Burundi de demain », nous rabat-on les oreilles sans cesse. Mais les voilà immolés sur l’autel des intérêts qui sont loin, très loin, d’être les leurs.

Pourtant, on nous les montre capturés sur le champ de bataille. Chacun tête baissée, confus, symbole de la traîtrise… Malheur aux vaincus ! Mais on n’a jamais vu ceux qui les envoient sur le front, les seigneurs de guerre, les maîtres-chanteurs qui ne chantent pas… qui ont, peut-être, les moyens d’offrir mieux : un travail, une chance de poursuivre les études, au lieu de les laisser tomber, décapités et déchiquetés, sous les balles de l’armée nationale pour une cause floue que personne ne veut assumer.

Seigneur, pardonne à tous ceux qui sont en train d’offrir une pierre au lieu du pain, un serpent au lieu du poisson, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! Amen !