Je fus bègue, je sais ce que ça fait

Je pensais que l’histoire était définitivement enterrée. Et voilà ce 22 octobre, journée mondiale sur le bégaiement, vient de la déterrer. Je fus bègue.

Que de douleurs, de frustrations, d’angoisse quand tu veux parler et que les mots se cassent au niveau de la gorge pour finalement sortir en syllabes isolées. Voilà la déconfiture que j’ai vécue pendant plus de 20 ans. Ça me prenait parfois 10 secondes, 30, voire 1 minute juste pour dire « Maman ». Mmmmmmm…parfois je m’arrêtais par là. Je souffrais, je frappais le mur, me tournais, me retournais, pour forcer la dernière syllabe. Des fois ça marchait, d’autres fois pas.
Les camarades d’école étaient toujours là, n’arrangeant en rien les choses. Ils riaient, raillaient, me coupaient parfois la parole, fatigués de mes histoires jamais racontées jusqu’au bout. La frustration grandissait, et la peur de s’exprimer ne cessait d’enfler.

La peur ?

Oui. C’est le plus redoutable des monstres. Je garde toujours la mémoire de mes deux premières années à la fac, perdu au fond de l’amphithéâtre noir de monde d’au moins 150te étudiants, ne pouvant pas lever le petit doigt pour poser une question au professeur. J’avais été suffisamment la risée de mes camarades et je ne voulais plus ou ne pouvais plus, m’aventurer à élever la voix en public. Mais j’avais une astuce : attendre que le professeur passe au travers des rangées pour enfin poser ma petite question en toute discrétion. Et ça marchait. Je ne bégayais même pas dans ces moments.

C’est fini maintenant

Comme pour m’étouffer, bégayer fut un grand couvercle interne à mon épanouissement. Ironie du sort : de nature je suis un peu volubile. Un autre caractère aurait arrangé peut-être l’affaire. De surcroît, par passion et par conviction, à l’université je me suis retrouvé dans différents clubs d’échange et de réflexion. Il fallait parler, organiser des conférences, bref m’affronter et faire face à ma peur et à « mon » handicap. Le choix était clair : soit me dire  » Je suis bègue, c’est un sacré problème d’élocution et de communication qui me bloquera toute la vie   » ou faire fi de ce bégaiement. J’ai opté pour la seconde option. Heureusement d’ailleurs. La peur s’est volatilisée. Les railleries de l’entourage, mes frustrations, ne pesaient plus, et ça n’a été qu’une question de jours pour m’en sortir une fois pour toutes.

En définitive : Si, l’on peut surmonter ses peurs. Si, l’on peut guérir du bégaiement. Si, ce handicap peut devenir une vieille histoire. Tout est question de choix, de hardiesse, de détermination, de conviction, ou de « foi ferme », dixit les chrétiens.

 

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gilbertbukeyeneza
Armel-Gilbert Bukeyeneza, Burundais, né en 1987, journaliste de profession et économiste de formation. Cadet d’une famille de quatre enfants. Mordu du sport, je porte un grand intérêt aux sujets qui interpellent la jeunesse (éducation, culture,…).

5 réflexions au sujet de « Je fus bègue, je sais ce que ça fait »

  1. abkodo2

    Félicitations pour la force de volonté que vous avez eue pour venir à bout de cette pathologie. Au début de votre intéressant billet vous avez dit que vous aviez recommencé à bégayer ce 22 octobre. Est-ce que ça continue?

    J’aurais voulu aussi avoir votre opinion sur la base de votre expérience sur une question que je me pose. Lorsqu’on est en face d’une personne qui bégaie, faut-il l’aider à compléter les mots et les phrases que l’on comprend?

    Saviez-vous que ces personnalités étaient bègues?

    Répondre
  2. abkodo2

    J’ai oublié de vous donner la liste des bègues célèbres:

    Les bègues célèbres
    On ne sait même pas toujours d’eux qu’ils étaient (ou sont) bègues. Comme quoi…

    Aristote (philosophe)
    François Bayrou (politicien)
    Bruce Willis
    Winston Churchill (premier ministre, prix Nobel de littérature)
    Charles Darwin
    Albert II (Prince de Monaco)
    Georges Clemenceau
    Goeorges VI (voir « Le discours d’un Roi »)
    Gérard Depardieu (acteur français)
    Julia Roberts (actrice américaine: Erin Brockovich, Pretty Woman, …)
    Ben Johnson (athlète. Pour sprinter, c’est pas gênant)
    Tiger Woods (golfeur)
    Louis Jouvet (acteur: « ça vous chatouille, ou ça vous gratouille ? »)
    Albert Einstein (comme quoi tout est relatif !)
    Marylin Monroe (l’origine du célèbre Pom… Pom… Pidou ?)
    Louis II « Le Begue » (pour celui-là, on s’en doutait un peu…)
    Napoléon 1er
    Isaac Newton

    http://gbukeyeneza.mondoblog.org/2014/10/22/fus-begue-sais-ce-ca-fait/

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    1. gilbertbukeyenezagilbertbukeyeneza Auteur de l’article

      Merci Abkodo2,

      Non. Je n’ai pas dit que j’ai recommencé a bégayer. Plutôt que ce 22 octobre venait de me rappeler ce que j’avais déjà oublié. Ce qui est bien. Il ne faut jamais oublier une histoire pareille au risque de ne pas compatir a ceux qui traversent les mêmes épreuves.

      Alors, faut-il aider quelqu’un qui bégaie a compléter ses mots ou pas? Ça dépend. La première chose, il ne faut pas que le bègue se sente diminué. Devant lui, ne fait rien qui peut lui amener a penser que son bégaiement est un handicap qui lui écorche son statut social. Pire, ne se moque jamais de lui. Traite lui comme tous les autres. Voila la seule chose qui peut l’aider. Le reste, s’il voit que son bégaiement ne te cause pas de pbm, tu peux même l’aider a compléter ses mots. Autre chose, les bègues sont parfois colériques. Il suffit qu’il se sente raillé, il peut sauter directement sur toi par fureur. C’est pourquoi il est très dangereux de se quereller avec un bègue. Il suffit que le mot refuse de sortir, hop, c’est un coup de poing sur le champ.

      Alors pour ces personnalités, Non je savais pas sauf pour Aristote.

      Merci

      Répondre

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