Archives par étiquette : Francophonie

Pourquoi je soutiens la candidature de Pierre Buyoya à la tête de l’OIF

C’est peut-être celui qui va succéder à Abdou Diouf. L’ancien président burundais Pierre Buyoya brigue la tête de la prestigieuse Organisation internationale de la Francophonie. Mais dans son pays d’origine, l’opinion est loin d’être unanime sur le soutien de sa candidature.

Pierre Buyoya au studio de RFI

Pierre Buyoya au studio de RFI

Le débat fait rage chez nous, au Burundi depuis que Pierre Buyoya brigue la tête  de l’OIF. Alors que l’ancien chef d’Etat burundais fait le tour du monde pour défendre sa candidature, deux camps se démarquent dans son pays d’origine. Les « pour » et les « contre ». Chacun y va de son argument, défend sa position et tente de la faire avaler à ses amis. Visiblement, personne n’a totalement raison, ni tort d’ailleurs. Intéressant non ? C’est l’un des acquis du Burundi : le débat démocratique et la liberté d’expression.

Les camps

Revenons sur les positions des uns et des autres. D’abord ceux qui rejettent sa candidature. Ils sont nombreux et certains n’ont pas la langue dans leur poche. La dernière intervention qui vient de provoquer un tollé général est celle de la nommée « maman nationale », Maggy, la fondatrice de la Maison Shalom. Elle n’a pas fait de concession et y est allée tout droit : « Pierre Buyoya devrait plutôt rester au Burundi et nous expliquer comment les évènements se sont produits. Il y a eu tellement de morts, et il n’a rien dit ! », lançait récemment tout net, la dame de fer, sur Radio France Internationale. Certains sont froissés par la teneur des mots utilisés. « Elle est allée trop loin », murmurent-ils. Mais au-delà de la réserve, caractère cher aux Burundais, une question se pose : n’aurait-elle pas exprimé tout haut ce que d’autres pensent tout bas ?

Les patriotes

En face, une autre opinion. Ceux qui soutiennent la candidature de P Buyoya. En tête, le gouvernement du Burundi. Fer de lance de leurs arguments, le patriotisme. « Les chicaneries internes c’est pour la maison ! Dans le concert des nations, nous restons unis et parlons d’une même voix», justifient-ils.

Et moi ?

Quel Burundais resterait de marbre ? Un compatriote veut briguer la tête de l’une des grandes institutions internationales. Ce n’est pas fréquent. C’est peut-être une aubaine pour le Burundi de faire parler de lui, de (re)faire surface sur la scène internationale après tant d’années de guerre. En plus, le candidat vient de faire ses preuves dans différentes organisations (UA, OIF…) qu’il a servies efficacement. Il a honoré le pays. Le reste, gardons la présomption d’innocence comme garde-fou. Bref, je le soutiens fermement.

Mais il ne m’a pas totalement convaincu

Il n’y avait pas d’échappatoire possible. La question devrait et a dû lui être posée. « Monsieur le président, vous avez renversé le pouvoir deux fois, n’est-ce pas un handicap à votre candidature ? » Sa réponse, toute faite : « En Afrique, le problème n’est pas comment on accède au pouvoir, mais ce que tu en fais » Really ? Quel Africain ignore que l’un des grands problèmes majeurs du continent est le non-respect du jeu démocratique ? Faut-il encore rappeler les pertes matérielles, en vies humaines… Des pertes qui constituent les dommages collatéraux des hommes qui ont pris le pouvoir par la force.

Quoique, je reconnais ceci

Le pays garde, toutefois, un héritage en or massif de cet homme : ouverture du jeu démocratique dans les années 90, Accord de Paix d’Arusha en 2000 mettant fin à la guerre civile. Suis-je finalement en train de confirmer, sans le savoir, sa thèse selon laquelle ce qui importe est ce qu’on fait du pouvoir tout en se fichant du reste ? Non et non ! Seulement nous avons affaire à un homme le plus mystérieux de la planète. Le politique qui prend deux fois le fauteuil présidentiel par la force pour ensuite organiser les élections, accepte de négocier, et enfin céder, dans les conditions les plus démocratiques du monde, le pouvoir. Serait cela son atout majeur pour sa candidature ? Peut-être.

En tout cas, je ne peux que pour le moment lui souhaiter bonne chance. Le reste, attendons le 30 novembre.