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Élections de 2015: du « qui perd gagne » à la burundaise

Lors de l’enrôlement des électeurs pour le scrutin de 2015

Lors de l’enrôlement des électeurs pour le scrutin de 2015

 

De la Commission Electorale Nationale et Indépendante, en passant par l’opposition, c’est visiblement du raisonnement à l’envers en ce qui est de la préparation des élections.

C’est le jeu le plus simple, rentable, facile à apprendre, à jouer. Et pourtant il est pratiquement le seul à donner du fil à retordre aux Burundais, qui, apparemment, n’y voient que des étincelles. Mais sa logique est simple : réfléchir à l’envers. Aux sceptiques de se glisser dans les méandres de la cuisine interne de la CENI pour découvrir la formule de sa recette électorale : « rassurer pour enfin décevoir ». La technique ayant marché en 2010. Souvenez-vous des applaudissements de toute part vis-à-vis d’une commission consensuelle entre le parti au pouvoir le Cndd-Fdd, et l’opposition, suivis par après, hélas, du boycott de la même opposition au scrutin, des discours dubitatifs des membres de la Commission, des accusations graves de trucage des résultats,…

Et aujourd’hui le jeu, lui, est resté le même, seul la formule a, peut-être, changé: décevoir pour surprendre après. Et que voit-on ? Contestation de l’opposition dès le début du processus, une CENI plus que jamais controversée, qui vient de voir presque tous ses partenaires (société civile, partis politiques,…) se retirer de ses branches provinciales(CEPI) et communales (CECI), irrégularités pour ne pas dire des fraudes dans l’enrôlement des électeurs,…Pire, la grande coalition de l’opposition, l’ADC Ikibiri, vient de demander à la CENI de démissionner.

Même l’opposition

Non ! Ce n’est évidemment pas la spécialité de la CENI. En 2010, la même opposition, comme c’est du « qui perd gagne », s’est retirée de la course et le Cndd-Fdd, le parti au pouvoir, a tout raflé. Aujourd’hui, non seulement elle reste fidèle au raisonnement à l’envers en laissant faire la CENI, elle vient d’échouer de se mettre ensemble pour tenter de battre le parti au pouvoir.

Mais bon, comme c’est du « qui perd gagne », c’est, peut-être, la meilleure des cartes. Sauf que dans les faits, le jeu semble tourner au profit du camp adverse, le parti aux affaires, le Cndd-Fdd.

 

 

 

L’Afrique, toujours incognito

C’est mon premier constat avec deux journées à La Haye où je suis invité par le gouvernement néerlandais en tant que blogueur journaliste africain. Objet : comprendre le fonctionnement des instruments juridiques internationaux telles la Cour pénale internationale, la Cour internationale de Justice et la Cour permanente d’arbitrage.

En plein coeur de la ville de La haye

En plein coeur de la ville de La haye

Un Européen qui ignore tout sur le Burundi ? C’est normal. On digère. Mais…toute l’Afrique ? Quand même ! Là, j’ai éclaté. Une histoire aux épisodes interminables. Tout commence dès mon atterrissage à Amsterdam ce dimanche 16 novembre 2014. Jeune Africain qui nage dans un océan d’Occidentaux. Je joue le fils de la maison. Je serre les dents. Je pose peu de questions, je sais où se positionne mon chauffeur de taxi. Destination : mon hôtel, dans la ville de La Haye. Curieux, dans les autoroutes d’Amsterdam, assis sur le volant de son taxi plus confortable que les meilleures bagnoles de Buja, je dis vrai, le chauffeur lance la conversation.
Where are you coming from ? Son anglais titube comme le mien. C’est mieux. Le jeu est équilibré.

Moi : Burundi

Chauffeur : Where?

Moi : BU-RU-NDI ! J’ai envie de lui casser les tympans. Il reste gentil, ne réagit pas, et une idée me traverse l’esprit. J’enchaîne : Do you know Burundi ?

Chauffeur : No !

Moi : Is it the first time that you hear about Burundi?

Chauffeur : Yes !

Moi : What ! Il n’a peut-être pas entendu bien la question. Elle est mal formulée, oui. Les mots sont mal choisis, oui. Le niveau d’anglais n’est pas fameux, mais il a dû saisi l’essentiel me dis-je. Je repose ma question, pas de changement. Un peu choqué, je cherche une référence pour lui donner une idée de ce qu’est le Burundi. Voilà. Un nom surgit de ma petite cervelle : « Le Rwanda ! » Le chauffeur hoche la tête. Je tourne les yeux, gratte ma tempe. Et la réponse fuse : « Where people killed themselves ? ». Il ne savait visiblement que ça sur le Rwanda. Un coup de froid dans le dos, la phrase me froisse. Et le taxi arrive. Heureusement. J’ai quitté la voiture, bourré d’interrogations dont la principale : quelle image avons-nous donnée au monde ?

Même la Côte d’Ivoire ?

Comme chaque journée va avec son épisode. Mes amis ivoiriens m’offriront une belle occasion de rire un peu. C’est un peu méchant de ma part, mais…
Nous voici dans un magasin électronique devant une caissière pour régler les factures. Et cette dernière lance la conversation. Devant elle se trouvent des Africains qui parlent tout sauf l’anglais. Elle pose la question : « Are you in visit ? »
Les Ivoiriens : Yes. We come from Côte d’Ivoire. J’essaie de rectifier en soufflant dans les oreilles de l’un d’eux : « Dites Ivory Coast ». Il ne m’écoute point. « C’est la Côte d’Ivoire monsieur ! ». Ok. Je me calme. La caissière n’entend que du chinois tout comme mon chauffeur de taxi la veille. Cinq minutes plus tard : « Ivory Coast ! ». J’avais raison finalement. Sauf que la jeune fille, aux apparences d’une Indienne, ne sait visiblement rien, rien du tout, sur l’Afrique. Elle se rabat sur son ordi pour « googler » la Côte d’Ivoire. Mes amis essaient, tout comme moi avec mon chauffeur de taxi, de l’aider. Mais eux, ils ont de quoi présenter : « Drogba ! » « Who ? », rétorque la fille. « Didier Drogba ! » En Afrique tout le monde connaît Didi non ? Pourtant aucune info sur la star du foot européen de la part de la caissière. Et j’avais envie de lui demander : « Pourquoi moi je connais Van Persie, Arjan Robben, supporte Ajax d’Amsterdam dans mon petit coin à Buja? » Je digérai cette découverte, mais je rentrai cuit, mes amis ivoiriens grillés.

On attend le troisième épisode…

 

 

 

 

RFI…vas-y mollo avec le Burundi hein?

Ma chère RFI, ces derniers temps, je vois que tu suis de très près l’actualité burundaise. Les cadavres de Rweru, les griefs de la jeunesse du parti présidentiel (Imbonerakure),…mais fais gaffe avec Kiliba-Ondes en RDC, tu risques de ne pas faire l’exception.

PS: Note à toi, lecteur : de nombreux commentaires sur cet article m’amènent à te préciser une chose : dans ce papier se cache beaucoup d’ironie.

L’empire du Congo ? C’est vaste, très vaste, complexe, difficile à maîtriser. Surtout ce Kiliba RFIOndes qui a envoyé en tôle pendant plus de trois mois celui qui est désormais une légende vivante pour la lutte des droits humains au Burundi, Pierre Claver Mbonimpa, libéré ce lundi 29 septembre. Il fallait que vous vous taisiez monsieur Mbonimpa. Il ne fallait pas parler du Congo. Surtout pas de Kiliba Ondes ni de ses mystères sur les entrainements militaires des jeunes burundais qui s’y dérouleraient. Ce ne sont pas les sujets qui manquaient : les prisonniers qui crèvent de faim, dont leurs dossiers pourrissent dans les tiroirs des magistrats, sans avocats pour plaider leurs causes, patati patata. Mais là franchement, vous avez ouvert la boîte de pandore!

Triste

Et comme nous n’apprenons rien du passé, Radio France Internationale vous emboîte le pas monsieur Mbonimpa. Triste ! Jusque-là ce n’était que des papiers signés au conditionnel. Aujourd’hui, elle parle des faits. Elle affirme tout. « Et pourtant, ils sont bien là, dans la plaine de la Ruzizi (Sud-Kivu), comme RFI a pu le constater ». Qui ? « Des hommes en armes et en uniformes militaires burundais », cimente l’article paru ce 1er octobre. Tout au présent de l’indicatif comme vous monsieur Mbonimpa avant votre arrestation.

Rappel

Et moi, je rappelle à la RFI qu’il n y a pas de justice à deux vitesse au Burundi. L’infraction étant la même-avoir parlé de Kiliba Ondes et affirmer que des militaires burundais s’y trouvent-le châtiment risque d’être aussi le même. Mais bof, tu te dis peut-être : « Je suis à Paris, on ne me fera rien ». Souviens-toi, Obama est à Washington, le parlement européen en Europe, et tu n’es pas plus fort, ni plus loin qu’eux. Et pourtant ils viennent d’essuyer tous deux une sacre leçon de la géographie ayant parlé du Burundi « qu’ils ne peuvent même pas situer sur la carte », du moins d’après le porte-parole du gouvernement burundais. Pardon ! Ça c’est l’Exécutif tandis que l’affaire Mbonimpa était dans les mains de la Justice. Et chez nous, la séparation des pouvoirs est de mise. C’est moi qui allais glisser. Mea culpa !

 

Les gauchers, régalez-vous !

Mes amis gauchers, le saviez-vous ? Hier le 13 août c’était votre fête. Moi je viens d’apprendre l’existence de la journée alors qu’elle est célébrée depuis 1976. Dans mon pays, au Burundi, c’est visiblement un non-évènement. Et chez vous ? Laissez-moi au moins partager avec vous le châtiment que j’ai eu pour être né gaucher.

Sur terrain a récolter des témoignages avec ma main gauche

Sur le  terrain à récolter des témoignages avec ma main gauche

 

J’ai été battu. J’ai été Discriminé pour un seul crime : écrire avec la main gauche. Et moi je murmurais : « Seigneur, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Oui ! Même si j’avais fredonné à haute voix la phrase du Seigneur Jésus-Christ, j’eusse eu mille fois raison. Mon institutrice de la première année primaire voulait me voir réussir. Elle me voulait du bien. Mon père, qui passait à chaque fois en classe, bâton au creux de sa main, pour voir si je n’avais pas encore réussi à passer mon stylo de la gauche à la main droite, se souciait aussi de mon avenir. Il me surprenait et me tapait sur les doigts.

Mais moi aussi j’étais un gamin très difficile. Insaisissable. Assis sur mon banc pupitre. A la première rangée juste devant ma maîtresse, j’étais le seul qui écrivait de gauche à droite tel un Imam qui recopie les sourates du Coran. Tout le monde s’inquiétait. J’étais un fantôme. Il fallait me redresser. Sauf qu’ « en me ramenant dans le droit chemin », j’ai passé quinze ans jusqu’en deuxième année à la fac, à travailler contre ma nature, à me violer, à faire souffrir ma main droite qui avait d’autres chats à fouetter notamment saluer les gens. Il a fallu un après-midi inoubliable, en plein cours, quand un ange me traversa pour me rappeler que je suis naturellement gaucher. C’était parti ! Le challenge venait de m’être lancé. J’avais le choix : relever le défi et redevenir moi-même ou me dire : « Personne ne l’a jamais fait, pourquoi tenter le coup ? » et me résigner. J’ai pris la première option. J’y ai cru. En moins d’un mois, j’avais oublié mes quinze ans de souffrance.

Un problème culturel

Un handicap, un mal éduqué… voilà ce à quoi sont souvent assimilés les gauchers au Burundi. Culture oblige, il ne faut pas écrire avec la main gauche, il ne faut pas manger avec la main gauche, il ne faut…il ne faut pas…il ne faut. Plusieurs sont victimes de ces barrières et ne parviennent pas à décoller détenus dans les chaînes culturelles. Ayant vécu le même enfer que moi, un ami a toujours eu de mauvaises notes à cause de son écriture illisible. Vous savez quoi ? J’ai défié tout ceci et je suis désormais bien dans ma peau. Et ne l’oubliez pas, les grands hommes sont parfois gauchers : demandez à Obama !

Vivent les gauchers et le 13 août.Obama gaucher

Burundi : sans blague…un peu de respect pour nos héros

Que ce soit pour le prince Louis Rwagasore, le héros de l’indépendance, ou Melchior Ndadaye, monument de l’histoire pour le combat démocratique, les bustes mal faits de nos héros n’ont pas manqué de faire parler d’eux ces derniers temps. Encore un autre…

Le buste suposé être du Prince Louis Rwagasore

Le buste supposé être du prince Louis Rwagasore

L’image est frappante. Bien positionnée. Haut placée. A la croisée de chemins. Et tout érigé au chef-lieu de la province Kayanza (au nord du Burundi). Ceux qui viennent du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie, de la RD Congo se voient obligés de tourner un peu le regard pour contempler cette statue, aux yeux blancs comme la neige, grandement ouverts, bien chevelue, avec de ce qui peut ressembler au rouge à lèvres telle une nana bien maquillée. Même les Burundais supposés expliquer à leurs camarades de voyage quel est ce personnage historique si exhibé ne parviennent pas à démêler sa vraie identité.
Un héros certes, mais pas de notre génération. Personne ne lui ressemble des contemporains. Alors, fouillons dans l’histoire : peut-être…Mwezi Gisabo, le roi qui opposa une résistance farouche face à l’invasion allemande en 1896 ? Non ! A l’époque, les costumes n’avaient pas encore franchi la Méditerranée. Ah ! Situons-nous dans le temps pour ne plus se perdre. A l’arrivée de la civilisation occidentale où l’on jeta le tissu en ficus pour se mouler dans des costumee-cravates. Serait-il le roi Mwambutsa, intronisé à l’âge de trois ans en 1915, à la mort inattendue de son père Mutaga ? Pas du tout. Sa tête chauve le disqualifie. Ou alors son fils Charles Ndizeye, le dernier monarque du Burundi  ? Non plus ! Le type était beau gosse, teint clair, jeune, mais là, il s’agit d’un homme qui prend de plus en plus de l’âge, très black. Disons…Ntunguka : mais…lui, avec tout le respect, reconnaissant également toute sa bravoure des années 60, son combat pour que le Burundi puisse se défaire de l’emprise belge jusqu’à être surnommé le « grand pétitionnaire », il n’a pas pu accumuler assez de célébrité pour qu’un pays lui consacre tout un monument. Qui c’est alors ? Attends ! Un indice. En bas de l’édifice, lit-on une date : 1er juillet 1962 : jour de l’indépendance du Burundi. Et sans nul doute, le seul nom y relié : le prince Louis Rwagasore, qui est allé jusqu’à avoir une balle dans la tête pour que son pays retrouve la liberté. Et c’est lui que la statue représente ? Quelle raillerie !

La photo du Prince Louis Rwagasore

La photo du prince Louis Rwagasore