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Entre le Burundi et le Rwanda, où aimeriez-vous vivre ?

Les accidents qui rythment la circulation dans différentes routes de l’intérieur du Burundi font partie du quotidien. Derrière cette triste réalité, un débat jaillit : celui du respect des normes entre le Burundi et le Rwanda.

accident

Photo : Accident d’un camion « actros » sur la RN1.

Habitués ou anesthésiés ! Ces images chocs semblent n’étonner désormais personne : tel un camion cascadeur qui se retrouve, renversé, au pied de la montagne, pneus en l’air. Telle une voiture qui roulait à tombeau ouvert, qui n’hésitait pas de dépasser dans un virage, et qui s’est faite broyer, crûment, par un poids lourd. Et que dire de ces groupuscules, totalement à genoux, désemparés, qui assistent, regards brouillés par les larmes, les dernières convulsions d’un transporteur de charbon à vélo, qui a foncé tout droit dans un ravin, cherchant à saisir l’arrière d’un camion, histoire de se faire booster sur une pente. De ces tristes spectacles, les voyageurs y trouvent matière de débat pour « agrémenter » leur chemin.

Dans les bus, commentant les faits, des pics de phrases, comme pour rabaisser le Burundi afin d’élever son « faux jumeau » coulent à flot: « Qui peut oser rouler à une telle vitesse au Rwanda ? Le Burundi est un pays du laisser-aller ! » Certaines voix vont jusqu’à charger les chauffeurs qui ont fait du « gentil » Burundi, « aux lois jamais ou difficilement appliquées », la terre qui leur permet de rattraper le temps perdu au Rwanda « dur », où on connaît la vitesse max.
Des propos jugés calomnieux par ceux qui s’érigent en protecteurs de l’image du pays. Pour eux, pas question de rester indifférent devant une telle agression. Ici, avec une moue de mépris, leur réplique, parfois prise comme simpliste : « Toujours, toujours, le Rwanda ! Mais… qu’y a-t-il de mieux que la dictature ? » Et la riposte ne tarde pas : « Si le despotisme amène à la discipline, au respect des normes, où est le mal ? » Une réponse qui ne débouche que sur une équation, irrésolue si ce n’est ranimer les discussions: celle de savoir finalement l’endroit que l’on aimerait bien habiter entre les deux pays.

Et si la question vous était posée ?

Quelle excuse pour cette génération?

imagesCette fois-ci, grande est la convoitise des jeunes africains pour ceux de Kigali qui peuvent,désormais, surfer 24h sur 24, se renvoyer des rafales de sms via les réseaux sociaux sans visiter un cyber café, ou « googler » (si l’on pouvait dire ainsi) une leçon mal assimilée en classe. La capitale rwandaise vient de révolutionner le quotidien de ses citoyens en rendant accessible la connexion internet WI-FI, gratuitement, dans les places publiques.
Burundais que je suis, la bonne nouvelle pour mes voisins m’a, au premier coup, secoué. Mais, dois-je l’avouer, je n’avais presque pas la moindre idée de ce qui venait de se passer : libre accès à des milliards de livres pour les étudiants ! Que leur manque-t-il encore ? Peut-être le courage d’en profiter, ou pis encore, la conscience de ce privilège inédit. Comprendre qu’un étudiant rwandais, via son petit smartfone, peut se connecter à la bibliothèque mondiale, qu’il peut aller loin, très loin, dans ses recherches académiques, se mettre à la pointe d’une discipline qui le passionne, me permet d’affirmer, avec toute la prudence qu’il faut, qu’il n’y a presque plus de différence entre un étudiant de Havard et celui de l’Université Kist de kigali. Trop comme affirmation ! Mais à mon avis, rien ne vaut pour un jeune friand d’apprendre davantage, d’avoir accès à « tout ». Bref, toutes les cartes sont désormais dans les mains de la jeunesse rwandaise. A eux de jouer. Et comme disent les anglais : « this generation has no excuse ! ».

J’aurais aimé que cette chance soit donnée à toute la jeunesse africaine, particulièrement à mes compatriotes. C’est le moins que l’on puisse demander à nos dirigeants. Et l’on aurait moins de grognes, j’imagine, comme quoi tel est plus chanceux plutôt que tel autre. Le dénominateur commun serait le même : accès à tout, pour s’autoformer.