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Chuuut ! Ici deux enseignants abandonnés

Ils sont à deux, deux enseignants perdus, abandonnés dans les collines du nord-est du Burundi, en province Ruyigi, commune Gisuru. Pourtant, ils n’en sont pas conscients ! Avec leurs craies, ils semblent être les gars les plus heureux de la planète.

Assis, les écoliers suivent attentivement le cours de calcul            Photo: AGB

Assis, les écoliers suivent attentivement le cours de calcul Photo: AGB

Première impression : Un hangar hors d’usage, ou plutôt un poulailler abandonné. A l’intérieur, des visages innocents, des regards luisant, de petites voix angéliques, qui écossent les cinq voyelles de l’alphabet. Une école ? Rien pour le prédire. Il faut vérifier. Oui, c’est l’Ecole Primaire Nyakwibereka. Devant, deux héros. Deux enseignants qui ne voient rien de ces conditions de travail insupportables. Deux hommes qui ont choisi de boucher les oreilles aux altercations assourdissant après t’avoir aveuglé. Deux braves qui n’ont rien à foutre d’un pays qui marche à l’envers en fermant les robinets d’essence juste au moment où le baril s’arrache gratuitement. Au final, deux intrépides bien conscients que le pays a toujours la pépie des fils patriotes, et qui se donnent corps et âme pour en produire quelques-uns dans une salle qui n’a ni porte, ni fenêtre, sans parler de banc pupitre, avec des écoliers qui ignorent carrément à quoi ressemble un livre de lecture, qui se bricolent à l’africaine un tout petit support pour poser leurs fesses. Avec une chose en tête : rattraper le programme. Chez eux, pas de week-end. C’est un luxe de Bujumbura. « C’est le seul jour favorable pour être en avance », vous expliquera Ezéchiel kagina, l’un des deux enseignants. Les passants sont émus, parfois fâchés. Les uns s’inclinent, saluent ce courage inédit mais qui n’enlève rien à la colère des esprits chagrinés épinglant le laxisme des autorités, d’une politique d’éducation-la gratuité des frais de scolarité et le nouveau système d’école fondamentale-qui risque de tourner en fiasco.

Ici le reportage en langue nationale (le Kirundi) réalisé sur ladite école par les journalistes de l’Hebdomadaire Iwacu:

A Buja, nous avons tous raison

Embouteillage sur embouteillage. Les différentes artères de la capitale du Burundi sont inondées de voitures pendant certaines heures précises. Un vrai casse-tête. Au-delà des « nouveaux riches » qui font accroître le nombre de ces engins, un symptôme d’un grand cancer qui ronge nos âmes s’y cache.

 

En plein coeur de Buja

En plein coeur de Buja

Pointez-vous aux différents carrefours de Bujumbura le matin vers 8 heures, midi, et soir vers 18 heures, vous comprendrez une chose : tout le monde est pressé, et vous rentrerez avec un constat : tout le monde a raison. Une spécialité de Buja (Bujumbura pour ses fils et ses amis). Sinon que dire de ces dizaines de véhicules qui passent des heures à nous casser les tympans par des klaxons interminables, criant à qui veut les entendre, tentant de se frayer du chemin par tous les moyens, passant par les trottoirs des piétons, prêts à sauter faute de pouvoir dépasser, le respect du code de la route, ou plutôt le respect d’autrui, étant devenu une vieille histoire, démodée, digne que pour nos aïeuls.

L’iceberg

Ouais, c’est peut-être la partie visible d’un grand malaise, un désordre qui nous habite, nous hante, nous tourmente pour enfin exploser dans de petits détails qui passent parfois inaperçus. Je pointe cette pratique qui s’érige de plus en plus en une culture, cet égoïsme qui nous fouette tous quand on cherche à être servi en premier au guichet de la banque même si l’on est dernier à franchir la porte d’entrée.
C’est  cette loi du moindre effort qui nous guide quand nous faisons grise mine, jaloux, de voir notre collègue promu au boulot alors que nous sommes conscients qu’il fait mieux que nous.

J’épingle ce désordre qui se révèle dans certaines banalités : ces petits emballages de chewing-gum qui jonchent les rues malgré les poubelles publiques érigées dans pas mal d’endroits. Cette police, plutôt ces policiers-il ne faut pas globaliser-qui vendent les permis de conduire au lieu de faire passer le test aux futurs conducteurs, comme le dit la loi, afin de nous éviter cette cohue des véhicules qui ne savent plus lequel devrait passer en premier, bousillant ainsi notre temps.

Au final, c’est cet ego, cette médiocrité, ce manque de sagesse, ces calculs spéculateurs qui nous tordent, nous faisant tourner en rond, que je dénonce. Si seulement nous pouvions…Bujumbura serait…

Heureusement que je ne suis pas président !

Fauteuil présidentiel

Fauteuil présidentiel

Limpide: en Afrique, si l’on sait comment un président accède au pouvoir, seul Dieu peut dire de quelle porte sortira-t-il. Et notre continent regorge d’assez de patriotes pour cracher, éructer, vomir sur ces indéboulonnables qui s’incrustent à vie au pouvoir. Parfois le châtiment est fort. Kadhafi pourrait le témoigner. Mais on peut toujours poser la question à Blaise, Ali, Moubarak,…pour savoir ce qu’est se faire expectoré par son peuple explosant sous le joug de la dictature. Et visiblement, je suis le seul (et j’accuse le coup) à être l’avocat du diable.

Vous savez quoi ? Offrez-moi ce cortège des dizaines de voitures, bling-bling, alors que je n’avais rien au départ, puis venez me rappeler que je suis à la fin de mes mandats constitutionnels (tout en précisant que chez nous il n’y a que deux classes : les riches et les pauvres. Et pour être parmi ces premiers, il faut d’abord être politicien. C’est l’unique voie, apparemment). Chantez mon nom dans toutes les cérémonies, tel un dieu à qui on rend un culte, affichez mon portrait partout, même si je n’ai rien foutu de mon règne, et hasardez-vous à me demander d’organiser un scrutin transparent et inclusif, qui risque de me mettre à la porte. Offrez-moi une immunité, qui me protège de toutes les foudres de la Justice malgré les affaires louches de grande corruption, d’assassinat,…qui trainent derrière mon nom et présentez-vous pour me raconter ce blabla d’alternance politique, de respect des principes démocratiques. Hm ! Heureusement que je ne suis pas président ! Et puis, rappelez-vous : tout le monde n’est pas Sankara, encore moins Mandela.

 

Au Burundi, vaut mieux Whatsapp que la police

323985_462685727083559_766208862_oTout part d’un voleur, plutôt un homme aux allures d’un boss, avec une bagnole en plus, une belle, pris après son coup raté de vol d’un p… de téléphone mobile. Un escroc, voilà, sans tourner autour du pot. Comme tout arnaqueur, au départ, il jurera par tous les dieux, tentant de clamer son innocence à qui veut l’entendre, malgré qu’il ait été pris la main dans le sac. Et pourtant, une phrase suffira pour qu’il s’incline, confesse et se livre complètement : « nous allons mettre ta photo sur Whatsapp ! »

Visiblement rodé en coup fourré, n’ayant plus peur de la police, le voleur déguisé se retrouvera à genoux grâce à de simples flashs des Smartphones.

Quelle folie des TIC? Mais ce coup de théâtre susmentionné ne reste qu’un cas pêché dans un océan d’épisodes beaucoup plus délirant. Que dire de ces vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, mettant à nu la vie privée des personnalités publiques parfois, les dérives des moments intimes entre groupe d’amis. Sauf qu’entre eux, il y a toujours une taupe pour filmer en catimini, ensuite télécharger et enfin partager sur whatsapp.

Mais au-delà de ces extravagances, l’on peut saluer cette conscience qui s’installe petit à petit.Tout le monde fait désormais gaffe à ses gestes, craignant de faire les délices des sans scrupules qui prennent n’importe quoi pour alimenter la toile. Mais l’on peut déjà dire bravo à whatsapp qui arrive désormais à mettre de l’ordre, sans matraque, ni menottes, encore moins gaz lacrymogène, là où la police burundaise a du mal.

 

Africains…où allez-vous comme ça ?

Je n’avais jamais évoqué ces jeunes qui périssent sur les rives occidentales à la recherche de lendemains meilleurs. Mon intervention est anachronique. J’avoue. Mais il fallait un petit recul. Un moment de réflexion. Echanger. Comprendre.

Des migrants clandestins tentent de franchir l'Europe

Des migrants clandestins tentent d’atteindre l’Europe

Dans les faits, l’Afrique reste le continent le plus touché par le chômage et le sous-emploi sur toute la planète. Mieux, ce sont les chiffres qui le disent, des chiffres de l’OIT qui font frissonner : sur les 75 millions jeunes chômeurs que comptait la planète en 2013, pas moins de 38 millions étaient Africains. Rien à redire. Sauf que le monde ne tourne pas uniquement grâce aux constats. Heureusement.

Il est des vérités qui échappent à la raison humaine et qui défient les lois de la nature. Quel Africain, jeune diplômé, ne s’est jamais heurté à cette phrase de celui en qui il voyait déjà son futur patron : « Désolé jeune homme. Ma boîte est pleine à craquer. Je pense même licencier certains de mes employés pour faire face aux charges devenues de plus en plus insupportables ». Dur à digérer n’est-ce pas ? Mais le patron a mille fois raison. Il doit protéger son entreprise et lui assurer la survie. Le jeune diplômé doit faire avec. C’est en Afrique. Il faut toquer ailleurs, implorer, persévérer, parfois reléguer aux oubliettes son diplôme et accepter n’importe quoi pour ne pas finir comme le jeune Tunisien, détonateur du « printemps arabe ».

Paradoxe

Le décor est planté. Telle est l’Afrique. Du moins, telle qu’elle nous est projetée, ou telle que nous la présentons souvent. Mais en réalité, l’Afrique n’est pas que ça. C’est aussi d’autres phénomènes parfois « troublants », défiant ces mauvais sorts qui semblent coller à la peau de la jeunesse africaine. Qui n’a jamais vu ces jeunes qui donnent l’impression d’être des aimants, qui, à la première entrevue avec le boss, ont déjà décroché leur contrat en poche ? PS : nous sommes toujours en Afrique !

Ce que j’ai compris

Sont-ils des heureux élus ? Des extra-terrestres ? Bien sûr que non ! Leur secret ? Demandez-leur un rendez-vous et échangez avec eux. En moins de cinq minutes vous aurez tout compris. Voici la grande conclusion que je tire à chaque fois que la chance me sourit de m’assoir avec ces oiseaux rares : ils ne se focalisent jamais sur les problèmes. Plutôt aux solutions. Ce sont des types qui, visiblement, sont faits pour relever les défis. Une vie normale, la routine, ne les intéresse pas. Seul un terrain hostile les attire.

Quand les autres s’empressent pour fouler Lampedusa au péril de leur vie, eux, ils savent que l’Afrique est leur terre promise. Ils ne regardent jamais la société pour pleurer avec elle, mais lui apporter des solutions. Quand ils se présentent devant un chef d’entreprise, ce n’est pas pour lui exposer leurs déboires de chômeur que personne n’a pratiquement pas envie d’écouter, mais pour amener leur pierre à l’édifice. Ils ne demandent jamais de l’emploi, ils apportent leurs services. La suite coule toute seule : aucun patron ne veut une charge de plus dans sa boîte, surtout en Afrique. Tout le monde est en quête de ces têtes qui font avancer les choses pour maximiser le rendement. Voilà où tout se joue, au niveau de la mentalité.

Facile de classifier alors : Etes-vous de ceux qui cherchent de l’emploi ou de ceux qui apportent leurs services ? Ce qui est garanti, la nature a toujours de la place pour ces derniers. Pour les premiers, pas si sûr.

Burundi : « Ah oui ! Vous auriez dû au moins nous informer »

IMG_20140621_110709Qui ne les a pas vus ? Des occidentaux qui faisaient le tour de Bujumbura, il n y a même pas deux mois, parfois suspendus sur les clôtures de différents établissements, à afficher des gros portraits. Tantôt : « Blandine, vendeuse des oranges », pouvait-on lire comme légende-photo. Tantôt : « Eric, le cordonnier ». Des noms et des visages qui donnaient à réfléchir, qui déterrait le vrai vécu et parfois la misère de pas mal de Burundais : nul n’ignore les souffrances de ces femmes vendeuses de fruit dans la capitale Bujumbura qui sont devenues de vraies proies que la police traque par tous les moyens.
Le geste était-ce pour honorer ces braves mamans qui se battent bec et ongles pour la survie de leurs familles? Ce fût-t-il pour une autre raison ? On ne le saura jamais ! En retour, comme par (in)gratitude, toutes ces belles images sont déchirées en moins d’un moins. Des visages déjà méconnaissables peints à la braise, sans parler de ceux qui feront les délices de ces mêmes vendeuses de fruit qui se frottent les mains d’avoir trouvé des emballages gratuits pour leur business. Comme quoi le Mahatma avait raison : « tout ce que vous faites pour moi sans moi, vous le faites contre moi ».

Samuel: la poubelle, son resto

Ce qu’est, parfois, être un enfant au Burundi…

Samuel

Samuel

Sa vie tourne autour de différents marchés de Bujumbura. Samuel, 5 ans. Toujours présent en short, dit-il. Un short qui connaît toutes ses misères. Un short hors du commun. Une fripe, à la couleur qui n’a rien à avoir avec celle originale suite à la poussière, qui garde sa marque par ses deux trous à l’arrière.
Samedi 11h. En bas du marché de Kinindo (sud de la capitale). Concentré, Samuel est à la « chasse » aux ordures, plutôt de la nourriture. Il fouille de poubelle à poubelle. La tâche n’est pas facile. L’odeur est désagréable. Mais visiblement le gosse n’en sent pas la gravité.
La faim ne le lui permet pas : « La nuit je n’ai pas mangé », lâche-t-il, les traits tirés. Il n’a pas le temps d’en dire plus. Dur ! Samuel n’a encore rien trouvé d’intéressant. Il est coincé sur une construction pleine de miettes de pain, de boite-emballages de sardine,…mais la pièce est fermée. Il regarde mais ne touche pas. Il « contemple » sa « nourriture » au travers de petites aérations de la pièce. Il fait glisser sa main courte. Peine perdue, il ne peut rien atteindre. Hélas ! Samuel décide de s’en aller poursuivre sa chasse ailleurs et je le perds de vue. La suite, c’est forcément le « copier-coller » de ce quotidien des enfants qui ont fait d la rue leur demeure . Glauque !

Et si les animaux burundais parlaient ?

Transport barbare de « nos » bêtes. Pas de loi, ni d’association pour bannir la pratique…

DSCN4748Ils boivent le calice jusqu’à la lie. Ils ne résistent pas. Ils n’ont pas la force de le faire. Ils, sont ces animaux, les uns attachés tel un sac de riz, sur un vélo, d’autres « enterrés » vivants dans des camions « Fuso ». Impossible pour eux de criailler. Même la gueule est ligotée. Poussées à bout par la douleur, la peau gisante de sang, pattes fracturées suite à la cohue régnant à l’intérieur de cette pièce de quelques mètres carrés derrière la cabine du chauffeur, ces bêtes savent de quoi l’être humain est capable.

Dans différents marchés des bovins, à Bujumbura et Ngozi (au nord du Burundi), la scène est terrifiante. Une dizaine de véhicules en file d’attente. Des bêtes prêtes à se battre refusant d’être embarquées. Elles ont le flair du malheur qui les attend. Des veaux, vigoureux, combatifs, guerroient de leurs deux cornes, lâchent leur colère. Ils se battent pour « un traitement décent », mais également, galanterie oblige, pour protéger les vaches vouées au même sort. La bataille parfois dure. Mais ils la perdent toujours et finissent par se retrouver entassés à l’intérieur du véhicule.

Les âmes sensibles, bouche bée devant un tel cynisme se noient dans un océan de questions : « N’y a-t-il pas d’organisations qui défendent les droits des animaux pour élever la voix? Pourquoi n’y a-t-il pas de loi interdisant cette pratique ?… ». Interrogation après une autre. Le comble, se désolent-elles, personne n’en sent le besoin. Car pour elles, «certes la destination de ces bêtes, c’est l’abattoir », mais, « qu’elles meurent en dignité ».

Burundi : Pierre Nkurunziza tenté par un 3e mandat (jugé anticonstitutionnel)

Pierre Nkurunziza

Pierre Nkurunziza, président de la République du Burundi, salué par un de ses Généraux.

Dur ! Dur ! Dur…pour tout leader. Quoi de plus mal que d’entreprendre et ne pas mener à bon port ce que l’on a commencé ? Voilà à quoi serait confronté notre cher président, Pierre Nkurunziza. L’Ecole fondamentale qui fait objet de critiques de toute part. Tiré à boulet rouge par ses détracteurs sur sa politique des travaux communautaires pris par ces derniers comme une propagande sournoise du parti présidentiel. Pierre Nkurunziza voudrait peut-être un mandat de plus, de trop pour certains, pour faire mieux, se racheter, récupérer certaines erreurs. Accordons-lui le bénéfice du doute !
Sauf que d’après l’histoire, de telles « bonnes » volontés finissent toujours mal. Laissons de côté la tentation de vouloir s’accrocher sur le fauteuil présidentiel causée par les vertiges du pouvoir. Et parlons développement. La seule motivation, l’on suppose, du chef de l’Etat de vouloir se représenter en 2015. Pour y voir clair, inspirons-nous d’autres pays africains, les plus huppés du continent, il n y a pas deux ans : l’Egypte et la Lybie.
Hosni Moubarak, à la tête du pays des pharaons pendant plus de trente ans. Il a tout fait. Il s’est donné pour rendre l’économie de son pays solide. A côté, Mouammar Kadhafi. Le peuple libyen n’a eu aucun problème du pain, de bonnes écoles et d’hôpitaux de qualité pendant quarante ans. Mais ces deux hommes n’ont jamais voulu qu’il y ait alternance politique. Leurs peuples ont souffert d’une dictature sans nom jusqu’à ce qu’ils disent : « ça suffit ! ». Conséquence : tout ce qui a été construit pendant ces dizaines d’années dans ces deux pays est en train d’être détruit dans une guerre civile, entre compatriotes, due à ce mauvais « legs » politique.
Revenons à nos moutons. A quoi servirait de développer un pays, de lui doter de tout sauf l’essentiel : la stabilité institutionnelle, si l’on est bien conscient que tôt ou tard l’on sera obligé de faire machine arrière, bon gré mal gré, et parfois au grand prix, pour régler ce qui ne l’a pas été ? Le moins que l’on puisse tirer de tout ça, c’est que l’on peut faire mal en voulant faire du bien. Et le plus grand des services que Pierre Nkurunziza puisse rendre au peuple burundais, ce serait de permettre à ce pays, qui a tant saigné, d’être stable démocratiquement et politiquement en favorisant l’alternance politique. Bref, laisser les autres concourir en 2015 !

Burundi : le drame des enfants de la rue

DSCN4304La situation ne cesse de défrayer la chronique : ces enfants laissés pour compte. Sans avenir. Devant une population « laxiste » ou désarmée, le phénomène ne cesse de s’amplifier dans différentes villes du Burundi…

Que faire ? Des reportages, des documentaires, des émissions passent au quotidien, des livres, peut-être, seront bientôt publiés. « Pourquoi un reportage de plus ? Que va-t-il changer ? Qui peut apporter plus sur ce plan? » Ces questions font partie, de celles qui hantent, chaque jour, certains journalistes. Mais il convient de tout faire, pour ces enfants qui ont fait de la rue leur pourvoyeur, leur royaume.

Il suffit de  passer juste cinq minutes assis, calme, en tournant ses regards dans différentes artères de la capitale Bujumbura, l’ampleur du phénomène vous incite à briser le silence, à donner ce que l’on a, à parler et écrire, écrire encore .

Dans chaque rue on peut voir des gosses, « souriants », grisés. Inutile de revenir sur leur accoutrement. Voix étouffée par la drogue, ils font déjà partie du décor de la ville. Personne ne semble s’inquiéter. Ce n’est plus un souci ! Entassés, la nuit, devant les studios de vente de « CD et DVD », la musique les occupe, les console, les façonne et les éduque. Un véritable refuge.

C’est Noël ! ils vibrent au rythme du morceau « Gloria », ensuite Emmanuel et les Bonyemes … Ils dansent et chantent sans aucune conscience du monde qui les entoure. Ils n’ont rien à foutre avec ce monde . L’avenir ? Ce n’est pas leur affaire. Tous là, à attendre un bus qui se gare pour forcer les fenêtres des passagers dans l’espoir de voir une petite pièce de cinquante francs Cfa tomber d’une âme sensible.

Comment sont-ils arrivés là ? D’où viennent-ils ? Inutile de leur poser une fois de plus la question. La réponse  est connue : « Mon père est mort. Ma mère a été récupérée par un autre homme qui m’a renvoyé dans la rue ». Autre version : « Mon père a chassé ma mère pour se remarier avec une autre femme. La marâtre me haïssait et ne voulait pas me voir, et j’ai fui ». Que dire de plus ?

Que faire pour sauver cette génération déchirée, brisée et abandonnée ? » Les plumes n’en peuvent plus…