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J’ai fait un rêve : j’étais président !

Dans ma langue maternelle, le kirundi, le titre se traduit ainsi : Naraye ndarota ndi perezida !

1990446_cortege-sarkozyQuelle folie ? Moi, président, président de la République ! Quoi ! J’hallucine ? Non, je rêvais. Heureusement. Mais quel cauchemar au juste ? Une nuit burlesque, chargée, bourrée de fictions pourtant inspirées de la réalité, peut-être. Naturellement ça faisait des années sans commettre une bourde pareille. Rêver de la façon…me retrouver les poches pleines de billets de banque alors que je n’ai même pas un compte bancaire. Oôô… enfance quand tu nous tiens ! Ne me dites pas que je suis seul à avoir joué les Bill Gates pendant le sommeil pour me retrouver le matin, hélas, dépourvu d’un seul billet de cinquante francs bu (environ 1 centime d’euro) pour me faire ne serait-ce qu’un chewing-gum.

Et cette fois-ci, ma folie avait franchi le Rubicon. Me voici au palais (je sais même pas comment je me suis retrouvé là). Bâton de commandement au creux de ma main droite, accueillant hôtes de marque, dirigeant le Conseil des ministres, m’offrant quelques voyages, réprimant parfois les voix discordantes qui torpillent mon action tels les médias et la société civile… le quotidien d’un président quoi ! U’see ?

Quitter ou rester ?

Jusque-là, je me la coulais douce. Mais les années passaient, se succédaient, les unes après les autres. J’étais un président, mais pas un roi. La fin de mes mandats approchait. Je devrais lâcher, oui, quitter le pouvoir. C’était dur. Très dur. Je devrais faire un choix. Mon dilemme, ma situation finalement très inconfortable, faisait la Une des journaux, ma tête, qui faisait la tête, caricaturée. Mais je continuais à résister. Et pourtant mon intérieur n’arrêtait de souffler par une voix douce, inévitable et irréductible, le plus gênant des conseils : « Se maintenir au pouvoir, violant ainsi la Constitution sur la limitation des mandats, va certainement détruire les fondements de la démocratie pourtant acquis au prix du sang de mes compatriotes ». De l’autre côté, les sirènes du pouvoir sifflaient très fort m’appelant à m’accrocher. Pire, mon entourage avait tellement gaffé que quitter comme ça allait signer la fin de la récré pour enfin comparaître devant la Justice.

Mais il fallait faire un choix. Quitter ou rester ? Malheureusement mon réveil sonna, je me suis levé d’un bond, et l’histoire s’arrêta. Hélas…

P.S : Je n’ai jamais su pour quel pays j’étais président. Peut-être mon pays le Burundi, ou le Rwanda je ne sais pas, ou encore du Congo-Brazzaville… Tous étant dans la situation décrite. Mais bof…ce sont les aléas des rêves.

 

Je fus bègue, je sais ce que ça fait

Je pensais que l’histoire était définitivement enterrée. Et voilà ce 22 octobre, journée mondiale sur le bégaiement, vient de la déterrer. Je fus bègue.

Que de douleurs, de frustrations, d’angoisse quand tu veux parler et que les mots se cassent au niveau de la gorge pour finalement sortir en syllabes isolées. Voilà la déconfiture que j’ai vécue pendant plus de 20 ans. Ça me prenait parfois 10 secondes, 30, voire 1 minute juste pour dire « Maman ». Mmmmmmm…parfois je m’arrêtais par là. Je souffrais, je frappais le mur, me tournais, me retournais, pour forcer la dernière syllabe. Des fois ça marchait, d’autres fois pas.
Les camarades d’école étaient toujours là, n’arrangeant en rien les choses. Ils riaient, raillaient, me coupaient parfois la parole, fatigués de mes histoires jamais racontées jusqu’au bout. La frustration grandissait, et la peur de s’exprimer ne cessait d’enfler.

La peur ?

Oui. C’est le plus redoutable des monstres. Je garde toujours la mémoire de mes deux premières années à la fac, perdu au fond de l’amphithéâtre noir de monde d’au moins 150te étudiants, ne pouvant pas lever le petit doigt pour poser une question au professeur. J’avais été suffisamment la risée de mes camarades et je ne voulais plus ou ne pouvais plus, m’aventurer à élever la voix en public. Mais j’avais une astuce : attendre que le professeur passe au travers des rangées pour enfin poser ma petite question en toute discrétion. Et ça marchait. Je ne bégayais même pas dans ces moments.

C’est fini maintenant

Comme pour m’étouffer, bégayer fut un grand couvercle interne à mon épanouissement. Ironie du sort : de nature je suis un peu volubile. Un autre caractère aurait arrangé peut-être l’affaire. De surcroît, par passion et par conviction, à l’université je me suis retrouvé dans différents clubs d’échange et de réflexion. Il fallait parler, organiser des conférences, bref m’affronter et faire face à ma peur et à « mon » handicap. Le choix était clair : soit me dire  » Je suis bègue, c’est un sacré problème d’élocution et de communication qui me bloquera toute la vie   » ou faire fi de ce bégaiement. J’ai opté pour la seconde option. Heureusement d’ailleurs. La peur s’est volatilisée. Les railleries de l’entourage, mes frustrations, ne pesaient plus, et ça n’a été qu’une question de jours pour m’en sortir une fois pour toutes.

En définitive : Si, l’on peut surmonter ses peurs. Si, l’on peut guérir du bégaiement. Si, ce handicap peut devenir une vieille histoire. Tout est question de choix, de hardiesse, de détermination, de conviction, ou de « foi ferme », dixit les chrétiens.

 

Burundi : l’histoire d’un bateau qui a perdu le nord

L’heure n’est pas loin de sonner le glas du système éducatif burundais. De l’école primaire à l’université, personne ne sait plus où elle va. 

BateauLes étudiants burundais, des universités publiques et privées, sont en grève depuis peu. La raison : ils ne comprennent, ni ne saisissent d’où vient et va le nouveau système LMD (Licence-Master-Doctorat). Pire, ils disent ne pas savoir ce que sera l’équivalent de leurs nouveaux diplômes. Mieux : au moins eux, ils peuvent crier, réclamer, grever, et leur voix peut encore retentir dans les oreilles de nos dirigeants.

A côté, des écoliers, innocents, qui ignorent ce qu’est « grever », sans Délégué Général ni Association Machin pour défendre leur cause, dans une nouvelle moule : l’Ecole Fondamentale. Un système dont les programmes tiennent compte de la réalité de l’Afrique, oui, avec comme innovation l’entrepreneuriat. On avait longtemps tiré à boulets rouge sur ces anciens programmes qui datent de la période coloniale dont l’un des objectifs était de former des bureaucrates, qui vivent à longueur de journée moulés dans des costumes cravates. Le Burundi, pour ne pas dire l’Afrique entière, en avait visiblement assez.

Ironie du sort

Malheureusement les désapprobations fusent de partout pour dénoncer « un système qui arrive peut-être au mauvais moment et qui vient sacrifier toute une génération qui sert aujourd’hui de cobaye parce que mal pensé». Sinon que dire de ce manque criant d’enseignants, d’instituteurs qui dispensent des leçons dont ils n’ont jamais appris eux-mêmes à l’instar de l’anglais et du swahili, de ces locaux dont la qualité laisse à désirer dépourvus de tout matériel didactique ?

Bref, un système éducatif paralysé « de la tête aux pieds », avec des universitaires qui ignorent complètement la destination de ce nouveau train dans lequel on les embarque. Derrière eux, des écoliers jetés dans une machine dont le contrôle de la manette semble échapper complètement à son maître.

Voici donc un bateau qui a perdu le nord avec un capitaine qui ne sait visiblement plus quoi faire. Dire que l’heure est grave pour le système éducatif burundais n’a rien d’un scoop. Par contre, exposer la soif d’avoir un nouveau maître capable de redresser la barque peut en être un.

 

Je ne sais plus quoi dire !

L’équipe gouvernementale du Burundi est en retraite dans la province de Gitega (centre du pays) depuis ce jeudi 16 octobre 2014 pour parler, réfléchir, échanger sur « la lutte contre la corruption ».

Le gouvernement du Burundi.

Le gouvernement du Burundi.

Quelle cause ô combien noble ! A ceux qui ignorent les réalités du Burundi, il est parmi le top five des pays les plus corrompus d’Afrique. Ici je n’ai pas grand-chose à dire. Je suis Burundais. Je vis les mêmes réalités que mes compatriotes. Bref, aucune leçon à donner.

Et en guise d’ouverture des travaux, voici le tweet de la présidence, pourtant plein de bonnes intentions, mais qui risque de provoquer le tollé général : « Nous voudrions réaffirmer que la lutte contre la corruption est 1 choix irréversible &le cheval de bataille pour le gouvernement ». Un statut également présent sur Facebook. Moi-même j’ai cliqué sur « partager ».
Comme convenu, je ne commente rien. Je vous donne les réactions de ces internautes, pliées en une ou deux lignes. Et vous aurez tout le topo. J’espère.

Olivier Blessing Umugisha : « Ça fait plaisir d’entendre à l’approche de 2015 ».

2015 étant le rendez-vous pour les prochaines élections.

Alfred Burimaso : « Que la retraite soit un succès. Plusieurs bandits en cravate; des kleptocrates freinent sensiblement le développement socio-économique de notre pays. Que des mesures soient formulées et mises en pratique en vue de les combattre ».

Ok. Vu les réactions, la messe est dite. Et je n’ajoute rien sauf rappeler une belle leçon que nous donnait tout récemment Jean François Bastin, journaliste belge de renom, aujourd’hui en retraite, sur ces ateliers, séminaires, retraites… qui font les délices des hôtels burundais sans résultats palpables : « Le séminaire est la meilleure façon d’échapper à la réalité et à la responsabilité, on y parle pour ne pas agir, on y remue des mots et du vent. Si ces milliers d’ateliers avaient eu la moindre utilité, le Burundi serait aujourd’hui le pays le mieux organisé du monde et tous les Burundais seraient heureux… »

Merci Bastin, et bonne chance au gouvernement du Burundi !

 

 

 

Combien coûte Gaza ?

Ce dimanche 12 octobre 2014, plus de cinquante dirigeants du monde entier étaient réunis au Caire en Egypte. Objet : Comment reconstruire Gaza. Mais en réalité, quoi qu’on fasse, Gaza ne sera plus comme avant.

Gaza en ruine.

Gaza en ruine.

« Ce qui ne s’achète pas avec de l’argent, s’achète avec beaucoup d’argent », nous rappelaient tout récemment ces marionnettes qui, visiblement, sont plus intelligentes et plus informées que leurs maîtres. Pour le moins, leurs leçons sont bien affûtées. Les grandes puissances semblent avoir fait de la formule leur credo. C’est celui qui a plus d’argent qui juge si tel Etat est démocratique ou pas, qui a le monopole de « bombarder pour imposer la paix », qui a le droit de veto au sein des Nations unies… Et ce dimanche 12 octobre, ils étaient tous réunis au Caire, leurs dollars et euros en poche pour voir « comment reconstruire Gaza ». Après les destructions, il faut reconstruire. Quoi de plus normal ?

Sauf que « Gaza détruite» n’est pas ces gratte-ciel effondrés, ces tunnels bombardés, mais plutôt ces 1900 vies anéanties par les missiles israéliens. J’aurais aimé être au Caire afin d’assister pour la première fois comment tarifer une vie humaine. Car si ce n’était pas l’objet de la conférence, ce qui s’y tramait risque d’être flou et fluide. Et l’oisiveté de la communauté internationale face à cette guerre fratricide perdra tout son sens.

Si ces euros et dollars ne peuvent pas payer ces vies perdues, ils n’ont qu’à s’investir pour mettre un terme à ce conflit dont les pertes ne sont jamais récupérables. Et pour la première fois, les guignols de l’info ont eu tort : ce qui ne s’achète pas avec de l’argent, peut ne pas aussi s’acheter avec beaucoup d’argent.

Tout de même, elles sont fortes ces figurines françaises. Reconnaissons-le !

 

Conflit libyen: France-USA, jouez aussi les pompiers !

charKadhafi est mort. Mais la Libye est restée là, tourmentée, brulée, déchirée par ses fils. Excepté ceux qui ont la mémoire courte, le monde entier se souvient de la campagne de mobilisation amorcée par les présidents américains et français, Barack Obama et Nicolas Sarkozy, en 2011 pour déchoir le « dieu » de la Libye. Qui n’a pas assisté à ce triste spectacle des drones américains s’acharnant sur les radars, les chars libyens ? Loin de moi l’idée de prendre la défense d’un dictateur qui a pris en otage le destin de tout un peuple pendant quarante ans. Mais quand l’heure des comptes sonnent, il faut savoir bien les solder.

Alors, qui n’a pas vu ces deux hommes défendre parfois l’indéfendable devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies pour prouver qu’en Libye grouillent des ennemis qui menacent la paix et la sécurité internationale, qu’il faut à tout prix carboniser par leurs missiles ? Ils ont allumé le feu sur les Libyens au nom de la libération des mêmes Libyens. Y’avait-il une autre alternative ? Non, me direz-vous. Je suis d’accord. Kadhafi était en train de massacrer son propre peuple et il fallait intervenir. Mais fallait-il s’en arrêter là ?

Certes les drones américains et les rafales français ne sont plus là mais les Libyens, eux, continuent à mourir, aujourd’hui comme hier, par centaines voire milliers. Et quels mots entend-t-on des discours occidentaux ? « Envisager, préconiser, analyser,… » Mais sous Kadhafi c’était « agir, frapper,… ». Il n’y avait visiblement pas le temps d’analyser, de préconiser ni d’envisager.

Le minimum aurait été de donner raison à Tiken Jah Fakoly : jouer les pompiers après avoir allumé le feu.

L’idée n’est pas panafricaniste mais mérite réflexion.

Seul Mugabe peut gouverner la France

Mal tombée. La quatrième conférence de presse du président français ce 18 septembre 2014 intervient dans un climat social lourd. Problème de François ou des Français ?

François Hollande hier devant 350 journalistes

François Hollande le 18 septembre 2014 devant 350 journalistes.

S’agit-il d’un mauvais président ou d’un peuple ingrat ? Ou tout simplement les deux ? Je suis toujours sidéré par cette France et les jérémiades de ceux qui l’habitent. Il n’y a pas plus de deux ans, ceux qui chantaient  » hosanna « à Hollande pour mettre à la porte Sarkozy, sont les mêmes qui crient aujourd’hui « crucifie-le ! ». Mais attends ! Deux ans ? Chers Français…

Ok. Je suis Africain et de toute façon de votre politique je n’y vois que des étincelles. Et d’ailleurs, chez nous en Afrique, vous aurez beau crier, pleurer, dénoncer, manifester, mais déboulonner le chef d’Etat de son fauteuil, il faut parfois d’abord lui laisser quelques décennies. Demandez aux Zimbabwéens, Camerounais, Burkinabè…

Pour tout vous dire, il vous faut une très belle leçon de patience. Car, chers Français, ne me dites que vouloir changer de président à moins de deux ans de la fin du mandat est une preuve d’incarnation des valeurs démocratiques. Et comme suggestion, Mugabe à l’Elysée, l’ayant d’abord plus que réussi chez lui, saurait bien comment vous rendre dociles ne fût-ce que pour vous apprendre comment tenir jusqu’à la fin. Sinon, François Hollande risque de larguer les amarres avant l’échéance malgré son pari d’hier devant cet essaim de journalistes qui étaient prêts à exploiter le moindre lapsus : « Je ferai mon mandat pleinement, complètement, sans même me préoccuper de ma popularité qui est dans l’état que vous connaissez ».

Pourquoi je soutiens la candidature de Pierre Buyoya à la tête de l’OIF

C’est peut-être celui qui va succéder à Abdou Diouf. L’ancien président burundais Pierre Buyoya brigue la tête de la prestigieuse Organisation internationale de la Francophonie. Mais dans son pays d’origine, l’opinion est loin d’être unanime sur le soutien de sa candidature.

Pierre Buyoya au studio de RFI

Pierre Buyoya au studio de RFI

Le débat fait rage chez nous, au Burundi depuis que Pierre Buyoya brigue la tête  de l’OIF. Alors que l’ancien chef d’Etat burundais fait le tour du monde pour défendre sa candidature, deux camps se démarquent dans son pays d’origine. Les « pour » et les « contre ». Chacun y va de son argument, défend sa position et tente de la faire avaler à ses amis. Visiblement, personne n’a totalement raison, ni tort d’ailleurs. Intéressant non ? C’est l’un des acquis du Burundi : le débat démocratique et la liberté d’expression.

Les camps

Revenons sur les positions des uns et des autres. D’abord ceux qui rejettent sa candidature. Ils sont nombreux et certains n’ont pas la langue dans leur poche. La dernière intervention qui vient de provoquer un tollé général est celle de la nommée « maman nationale », Maggy, la fondatrice de la Maison Shalom. Elle n’a pas fait de concession et y est allée tout droit : « Pierre Buyoya devrait plutôt rester au Burundi et nous expliquer comment les évènements se sont produits. Il y a eu tellement de morts, et il n’a rien dit ! », lançait récemment tout net, la dame de fer, sur Radio France Internationale. Certains sont froissés par la teneur des mots utilisés. « Elle est allée trop loin », murmurent-ils. Mais au-delà de la réserve, caractère cher aux Burundais, une question se pose : n’aurait-elle pas exprimé tout haut ce que d’autres pensent tout bas ?

Les patriotes

En face, une autre opinion. Ceux qui soutiennent la candidature de P Buyoya. En tête, le gouvernement du Burundi. Fer de lance de leurs arguments, le patriotisme. « Les chicaneries internes c’est pour la maison ! Dans le concert des nations, nous restons unis et parlons d’une même voix», justifient-ils.

Et moi ?

Quel Burundais resterait de marbre ? Un compatriote veut briguer la tête de l’une des grandes institutions internationales. Ce n’est pas fréquent. C’est peut-être une aubaine pour le Burundi de faire parler de lui, de (re)faire surface sur la scène internationale après tant d’années de guerre. En plus, le candidat vient de faire ses preuves dans différentes organisations (UA, OIF…) qu’il a servies efficacement. Il a honoré le pays. Le reste, gardons la présomption d’innocence comme garde-fou. Bref, je le soutiens fermement.

Mais il ne m’a pas totalement convaincu

Il n’y avait pas d’échappatoire possible. La question devrait et a dû lui être posée. « Monsieur le président, vous avez renversé le pouvoir deux fois, n’est-ce pas un handicap à votre candidature ? » Sa réponse, toute faite : « En Afrique, le problème n’est pas comment on accède au pouvoir, mais ce que tu en fais » Really ? Quel Africain ignore que l’un des grands problèmes majeurs du continent est le non-respect du jeu démocratique ? Faut-il encore rappeler les pertes matérielles, en vies humaines… Des pertes qui constituent les dommages collatéraux des hommes qui ont pris le pouvoir par la force.

Quoique, je reconnais ceci

Le pays garde, toutefois, un héritage en or massif de cet homme : ouverture du jeu démocratique dans les années 90, Accord de Paix d’Arusha en 2000 mettant fin à la guerre civile. Suis-je finalement en train de confirmer, sans le savoir, sa thèse selon laquelle ce qui importe est ce qu’on fait du pouvoir tout en se fichant du reste ? Non et non ! Seulement nous avons affaire à un homme le plus mystérieux de la planète. Le politique qui prend deux fois le fauteuil présidentiel par la force pour ensuite organiser les élections, accepte de négocier, et enfin céder, dans les conditions les plus démocratiques du monde, le pouvoir. Serait cela son atout majeur pour sa candidature ? Peut-être.

En tout cas, je ne peux que pour le moment lui souhaiter bonne chance. Le reste, attendons le 30 novembre.

 

 

Yuan…Yes we take !

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Juste après Washington le président burundais Pierre Nkurunziza, s’est rendu en Chine où il a rencontré son homologue Xi Jinping. Une visite de six jours qui s’est soldée par une série d’accords de coopération bilatérale et des promesses de financement.

Les autres Chefs d’Etat africains se seraient fait avoir en rentrant directement chez eux après le sommet Etats-Unis/Afrique? Probablement. Pierre Nkurunziza, le président burundais, peut en être témoin. Quand ses homologues se concentraient sur la séance photo avec le couple présidentiel et la dernière poignée de main avec l’homme le plus puissant du monde, le président burundais rêvait déjà de la Chine.

Il n’a pas traîné les pieds. Et il avait raison. Juste après Washington, il s’est directement envolé pour Nanjing. Il fallait récupérer le temps perdu. Il fallait trouver des yuans à la place des dollars et des euros de plus en plus exigeants, tantôt demandant de respecter les droits de l’homme, tantôt obligeant de rester dans les strictes normes de la Constitution et  patati patata. Des contraintes pour des sommes dont on n’est même pas sûr que l’on pourra jouir en cas d’impossibilité de briguer un autre mandat pour leur déblocage.

Des résultats tintants

Stratégie politique oblige, les présidents africains auraient bien fait d’aller en visite en Chine qui est, pour eux, le premier pays de la liberté. Là, personne pour leur crier dessus, personne pour leur donner des leçons de gouvernance. Là, on parle affaires et rien qu’affaires. Et les résultats sont éloquents, tintants. Le 19 août 2014 après une visite de six jours, le Pierre Nkurunziza revient avec un don de 10 milliards de francs burundais (environ 6 millions de dollars). Sans oublier 1 milliard pour financer les élections de 2015, et 30 milliards comme prêt sans intérêt. Paf ! De quoi clouer au bec les Occidentaux qui se targuaient d’être les seuls détenteurs de sa destinée.

Et le message semble être clair. Si les Etats-Unis veulent vraiment conquérir le continent noir, ils n’ont qu’à mettre suffisamment la main à la poche et exiger moins en retour.

Sommet Etats-Unis/Afrique : ne vous laissez pas impressionner mon cher président

Perdu dans l’un des coins du Burundi, voici la lettre que j’envoie à mon président Pierre Nkurunziza qui est aux Etats-Unis à l’occasion d’un sommet historique.

Pierre Nkurunziza et John Kerry

Pierre Nkurunziza et John Kerry

Quand vous êtes parti, voici ce que certains Burundais ont dit : « Certainement que Barack Obama ou tout au moins le secrétaire d’Etat américain John Kerry va glisser un mot, en coulisse, à Pierre Nkurunziza sur ses intentions de briguer un troisième mandat ». Peut-être oui, peut-être non ! Qu’importe ? De toute façon vous n’êtes pas le seul devant la tentation, Monsieur le président.

Laissez-moi plutôt vous demander ceci. N’hésitez pas à regarder en face Barack Obama. Si jamais il vous parle de respect de la Constitution, j’espère qu’il ne le fera pas, parlez-lui de Gaza. S’il évoque le rétrécissement de l’espace démocratique, sortez-lui ses derniers aveux sur les cas de torture par ses services de renseignement après le 11-Septembre.
Il se peut que vous vous trouviez en position de faiblesse, n’hésitez pas de faire appel à vos homologues africains. Kagame est là, Paul Biya le vieux dinosaure du continent est également au rendez-vous. Vous êtes plus de cinquante face à un seul homme.

Bref, faites un bloc et négociez tous ensemble surtout pour ces accords d’échanges commerciaux. Formez les Etats-Unis d’Afrique face aux Etats-Unis d’Amérique. Malheureusement Mouammar Kadhafi le grand partisan du concept n’est plus. Et qui l’a tué ? Soit.

N’oubliez pas tout au moins de passer à Boston pour faire un petit coucou à cette Burundaise Fabiola Nizigama qui vient d’être primée par Obama pour sa promotion de la culture d’amarante. Pas seulement elle. Francine Niyonsaba, notre trésor en athlétisme, portée disparue dans les amphithéâtres américains. Dites-lui qu’elle manque à ses compatriotes et surtout révélez-lui que sa concurrente, la Kényane Eunice Sum, va l’effacer si elle ne revient pas vite sur la piste.

Du reste, j’espère que vous passez un excellent séjour au pays de l’oncle Sam.

Merci, Monsieur le président