Non, non, et non au bizutage dans nos universités!

Les portes de l’Université du Burundi sont fermées depuis peu. Les étudiants sont en grève. Pour cause, juste une histoire de bizutage qui aurait mal tourné entre étudiants de ladite université et ceux de l’Institut Supérieur des Cadres Militaires. Encore un couac qui ne fait qu’amplifier mes réticences.

UBQuoi de plus rabaissant que le bizutage? Quel épisode le plus avilissant, humiliant que ce passage (devenu) obligé pour ces étudiantes novices, têtes baissées et rasées, embarrassées dans les rues de Bujumbura, au nom du « grand », « respectueux » et historique baptême, cher à la seule université publique, l’Université du Burundi ? Quelle expérience la plus exécrable pour un jeune étudiant que de se faire tabasser, cracher dessus, par ceux censés te protéger, pour la simple faute d’avoir franchi les portes de l’université ? Rares sont les moments où j’affiche carrément ma prise de position. Ici, dois-je le dire tout haut, c’est le ras-le-bol. Je me sens obligé de le vomir, ma capacité de digestion ayant tiré sa révérence.

Qui sont les artisans du bizutage?

Les anciens ? Trop simpliste. Disons « poilissimes », comme ils se nomment. Et que veut dire le mot ? Ne me posez pas la question. Eux-mêmes ne font que tourner les yeux au lieu de se définir. Certains tentent une explication se référant aux fameux poilus, les soldats français, de la première guerre mondiale. Faisons simple et plantons leur décor: une armada de gars qui travaillent le plus sur le paraitre, dégageant un air frimeur partout sur leur passage. Toujours en chemise longue manche, jamais en pantalon jeans perçu comme une tenue des sans scrupule, marchant toujours à pas de tortue en l’honneur d’un slogan populaire : « le poilissime ne court jamais même si ses intérêts sont en danger »,…Bref, une génération dans la geôle de la nostalgie, de l’illusion, se prenant pour les lauréats de l’époque coloniale pour qui tout (bon boulot, belle voiture, maison qui fait rêver…) les attendait impatiemment à la sortie de l’université. Mais comme la vie est impitoyable, c’est au bout du tunnel, que l’on réalise qu’on a perdu quatre ans dans des futilités, n’ayant jamais eu l’occasion d’apprendre comment créer par exemple sa propre entreprise, petite soit-elle, pour défier ce fléau du chômage qui risque de mettre à genou toute cette jeune génération, les « poilissimes » y compris.

P.S : le Burundi n’étant pas une île, voici quelques témoignages de ce qui se passe aux quatre coins du monde :

Magloire Zoro (Ivoirien, étudiant en Egypte) : « Bonjour Frangin. Là où je suis en Égypte, il n’y a pas de bizutage, c’est une Université qui forme les cadres africains. J’ai posté un lien à propos sur mon mur. Tu peux voir la vidéo pour te faire une idée de l’Université. Et avant ça, j’étais dans une Université privée à Abidjan (UCAO) où il n’y a également pas de bizutage. J’étais aussi parallèlement dans une Université publique en Côte d’Ivoire. Là-bas, il ne s’agissait pas tellement de bizutage, mais c’était plutôt une perpétuelle pratique d’intimidation opérée par la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) sur tous les étudiants qui n’épousaient pas leurs idées. Tu en as entendu parler j’espère ! Cette psychose a duré jusqu’à la récente crise postélectorale qui a permis de faire le nettoyage du système académique… »

Juscaëlle Iradukunda (Burundaise, étudiante en Italie) : « Ici, on ne pratique pas le bizutage. Plutôt quand je suis arrivée pour la première fois, on m’a présentée mes professeurs pour qu’ils sachent que j’ai des difficultés de langue, ne parlant pas l’Italien,…Vraiment ces histoires de bizutage n’existent pas ici. »

Une étudiante, Burundaise, qui évolue en Europe (elle a requis l’anonymat) : « Oooohh. Quand l’année commence, tu arrives et tu entre directement dans ton bloc. Il n y a rien de baptême pour les nouveaux à l’instar de ce qui se passe au Burundi. »

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gilbertbukeyeneza
Armel-Gilbert Bukeyeneza, Burundais, né en 1987, journaliste de profession et économiste de formation. Cadet d’une famille de quatre enfants. Mordu du sport, je porte un grand intérêt aux sujets qui interpellent la jeunesse (éducation, culture,…).

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