Archives mensuelles : décembre 2014

Non, non, et non au bizutage dans nos universités!

Les portes de l’Université du Burundi sont fermées depuis peu. Les étudiants sont en grève. Pour cause, juste une histoire de bizutage qui aurait mal tourné entre étudiants de ladite université et ceux de l’Institut Supérieur des Cadres Militaires. Encore un couac qui ne fait qu’amplifier mes réticences.

UBQuoi de plus rabaissant que le bizutage? Quel épisode le plus avilissant, humiliant que ce passage (devenu) obligé pour ces étudiantes novices, têtes baissées et rasées, embarrassées dans les rues de Bujumbura, au nom du « grand », « respectueux » et historique baptême, cher à la seule université publique, l’Université du Burundi ? Quelle expérience la plus exécrable pour un jeune étudiant que de se faire tabasser, cracher dessus, par ceux censés te protéger, pour la simple faute d’avoir franchi les portes de l’université ? Rares sont les moments où j’affiche carrément ma prise de position. Ici, dois-je le dire tout haut, c’est le ras-le-bol. Je me sens obligé de le vomir, ma capacité de digestion ayant tiré sa révérence.

Qui sont les artisans du bizutage?

Les anciens ? Trop simpliste. Disons « poilissimes », comme ils se nomment. Et que veut dire le mot ? Ne me posez pas la question. Eux-mêmes ne font que tourner les yeux au lieu de se définir. Certains tentent une explication se référant aux fameux poilus, les soldats français, de la première guerre mondiale. Faisons simple et plantons leur décor: une armada de gars qui travaillent le plus sur le paraitre, dégageant un air frimeur partout sur leur passage. Toujours en chemise longue manche, jamais en pantalon jeans perçu comme une tenue des sans scrupule, marchant toujours à pas de tortue en l’honneur d’un slogan populaire : « le poilissime ne court jamais même si ses intérêts sont en danger »,…Bref, une génération dans la geôle de la nostalgie, de l’illusion, se prenant pour les lauréats de l’époque coloniale pour qui tout (bon boulot, belle voiture, maison qui fait rêver…) les attendait impatiemment à la sortie de l’université. Mais comme la vie est impitoyable, c’est au bout du tunnel, que l’on réalise qu’on a perdu quatre ans dans des futilités, n’ayant jamais eu l’occasion d’apprendre comment créer par exemple sa propre entreprise, petite soit-elle, pour défier ce fléau du chômage qui risque de mettre à genou toute cette jeune génération, les « poilissimes » y compris.

P.S : le Burundi n’étant pas une île, voici quelques témoignages de ce qui se passe aux quatre coins du monde :

Magloire Zoro (Ivoirien, étudiant en Egypte) : « Bonjour Frangin. Là où je suis en Égypte, il n’y a pas de bizutage, c’est une Université qui forme les cadres africains. J’ai posté un lien à propos sur mon mur. Tu peux voir la vidéo pour te faire une idée de l’Université. Et avant ça, j’étais dans une Université privée à Abidjan (UCAO) où il n’y a également pas de bizutage. J’étais aussi parallèlement dans une Université publique en Côte d’Ivoire. Là-bas, il ne s’agissait pas tellement de bizutage, mais c’était plutôt une perpétuelle pratique d’intimidation opérée par la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) sur tous les étudiants qui n’épousaient pas leurs idées. Tu en as entendu parler j’espère ! Cette psychose a duré jusqu’à la récente crise postélectorale qui a permis de faire le nettoyage du système académique… »

Juscaëlle Iradukunda (Burundaise, étudiante en Italie) : « Ici, on ne pratique pas le bizutage. Plutôt quand je suis arrivée pour la première fois, on m’a présentée mes professeurs pour qu’ils sachent que j’ai des difficultés de langue, ne parlant pas l’Italien,…Vraiment ces histoires de bizutage n’existent pas ici. »

Une étudiante, Burundaise, qui évolue en Europe (elle a requis l’anonymat) : « Oooohh. Quand l’année commence, tu arrives et tu entre directement dans ton bloc. Il n y a rien de baptême pour les nouveaux à l’instar de ce qui se passe au Burundi. »

Qui peut prétendre fêter noël comme eux?

IMG-20141224-WA0002C’est noël. Mieux : dans la capitale Bujumbura, au Burundi, c’est le moment de franchir certaines limites : s’offrir le meilleur des vins même si ce n’est pas évident pour le minerval des enfants au mois de janvier. On s’en fiche. C’est noël. Il faut faire comme les autres. Le qu’en dira-t-on à l’africaine. Il faut aller rendre visite le voisin, même pour le moins sociable. Et surtout, une pratique finalement universalisée et médiatisée, il faut organiser un Noël pour les enfants : boire, manger, jouer pour enfin chanter et danser. Sauf qu’au village, je n’ai jamais vu cela.

Pourquoi ?

Pour eux, les fils du village, noël, c’est chaque jour ou jamais. Eux qui ignorent tout sur le père noël et sa magnanimité d’offrir les cadeaux partout. Mais qu’importe ? Ils n’ont pas les bonbons et les gâteaux à déguster, pourtant à chaque minute qui passe, ils partagent tout, même rien : la misère, la joie qu’offrent ces patates douces parfois cachées dans ces culottes aux yeux grandement ouverts par derrière laissant respirer allègrement les fesses. Sont-elles de leurs champs culturaux ou pas ? Cuites ou crues ? Ce n’est pas leur problème. Ils préfèrent d’ailleurs les grillées. Ce sont celles-là, vous diront-ils, qui revigorent le plus, pour affronter le quotidien du village : escalader les collines à la recherche de l‘eau potable après les cours, les « d à d » (devoirs à domicile) restant une affaire des citadins, jouer au foot même sans ces indispensables grolles édentées, parfois faire la cuisine,…

Chez eux, au village, le noël c’est chaque jour. Et personne ne peut prétendre le fêter comme eux. Normal ! Ce sont des anges.

Heureusement que je ne suis pas président !

Fauteuil présidentiel

Fauteuil présidentiel

Limpide: en Afrique, si l’on sait comment un président accède au pouvoir, seul Dieu peut dire de quelle porte sortira-t-il. Et notre continent regorge d’assez de patriotes pour cracher, éructer, vomir sur ces indéboulonnables qui s’incrustent à vie au pouvoir. Parfois le châtiment est fort. Kadhafi pourrait le témoigner. Mais on peut toujours poser la question à Blaise, Ali, Moubarak,…pour savoir ce qu’est se faire expectoré par son peuple explosant sous le joug de la dictature. Et visiblement, je suis le seul (et j’accuse le coup) à être l’avocat du diable.

Vous savez quoi ? Offrez-moi ce cortège des dizaines de voitures, bling-bling, alors que je n’avais rien au départ, puis venez me rappeler que je suis à la fin de mes mandats constitutionnels (tout en précisant que chez nous il n’y a que deux classes : les riches et les pauvres. Et pour être parmi ces premiers, il faut d’abord être politicien. C’est l’unique voie, apparemment). Chantez mon nom dans toutes les cérémonies, tel un dieu à qui on rend un culte, affichez mon portrait partout, même si je n’ai rien foutu de mon règne, et hasardez-vous à me demander d’organiser un scrutin transparent et inclusif, qui risque de me mettre à la porte. Offrez-moi une immunité, qui me protège de toutes les foudres de la Justice malgré les affaires louches de grande corruption, d’assassinat,…qui trainent derrière mon nom et présentez-vous pour me raconter ce blabla d’alternance politique, de respect des principes démocratiques. Hm ! Heureusement que je ne suis pas président ! Et puis, rappelez-vous : tout le monde n’est pas Sankara, encore moins Mandela.

 

Prions pour que Mandela ne sache rien !

Nelson Mandela

Nelson Mandela

Il y a une année Madiba partait.

Le ciel s’obscurcissait au-dessus de la nation arc-en-ciel. Le monde pleurait le départ d’un héros.

Le monde entier célébrait la grandeur d’esprit d’un homme qui contre vents et marées a pu donner une très belle leçon d’unité.

Il y a une année,  presque tous les chefs d’Etat africains, du pire au moins mauvais, promettaient, pour ne pas dire juraient, de garder, de protéger cet héritage, ô combien précieux, qu’est l’unité entre fils de l’Afrique.

Mais il a fallu une année seulement pour tout passer à la trappe de l’oubli.

Une année seulement pour montrer au monde, que tous les beaux discours du 5 décembre 2013, jour de décès de Nelson Mandela, n’étaient que démagogie.
Une année seulement pour laisser se volatiliser, comme ça, le grand héritage de mzeh (vieux en swahili).

Une année seulement pour que les esprits soient de nouveau envahis par la désunion.

Oui, une année seulement…

Une chose, tout au moins, une seule : Prions pour que Mandela ne sache rien !

 

 

 

Au Burundi, vaut mieux Whatsapp que la police

323985_462685727083559_766208862_oTout part d’un voleur, plutôt un homme aux allures d’un boss, avec une bagnole en plus, une belle, pris après son coup raté de vol d’un p… de téléphone mobile. Un escroc, voilà, sans tourner autour du pot. Comme tout arnaqueur, au départ, il jurera par tous les dieux, tentant de clamer son innocence à qui veut l’entendre, malgré qu’il ait été pris la main dans le sac. Et pourtant, une phrase suffira pour qu’il s’incline, confesse et se livre complètement : « nous allons mettre ta photo sur Whatsapp ! »

Visiblement rodé en coup fourré, n’ayant plus peur de la police, le voleur déguisé se retrouvera à genoux grâce à de simples flashs des Smartphones.

Quelle folie des TIC? Mais ce coup de théâtre susmentionné ne reste qu’un cas pêché dans un océan d’épisodes beaucoup plus délirant. Que dire de ces vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, mettant à nu la vie privée des personnalités publiques parfois, les dérives des moments intimes entre groupe d’amis. Sauf qu’entre eux, il y a toujours une taupe pour filmer en catimini, ensuite télécharger et enfin partager sur whatsapp.

Mais au-delà de ces extravagances, l’on peut saluer cette conscience qui s’installe petit à petit.Tout le monde fait désormais gaffe à ses gestes, craignant de faire les délices des sans scrupules qui prennent n’importe quoi pour alimenter la toile. Mais l’on peut déjà dire bravo à whatsapp qui arrive désormais à mettre de l’ordre, sans matraque, ni menottes, encore moins gaz lacrymogène, là où la police burundaise a du mal.