Archives mensuelles : novembre 2014

Élections de 2015: du « qui perd gagne » à la burundaise

Lors de l’enrôlement des électeurs pour le scrutin de 2015

Lors de l’enrôlement des électeurs pour le scrutin de 2015

 

De la Commission Electorale Nationale et Indépendante, en passant par l’opposition, c’est visiblement du raisonnement à l’envers en ce qui est de la préparation des élections.

C’est le jeu le plus simple, rentable, facile à apprendre, à jouer. Et pourtant il est pratiquement le seul à donner du fil à retordre aux Burundais, qui, apparemment, n’y voient que des étincelles. Mais sa logique est simple : réfléchir à l’envers. Aux sceptiques de se glisser dans les méandres de la cuisine interne de la CENI pour découvrir la formule de sa recette électorale : « rassurer pour enfin décevoir ». La technique ayant marché en 2010. Souvenez-vous des applaudissements de toute part vis-à-vis d’une commission consensuelle entre le parti au pouvoir le Cndd-Fdd, et l’opposition, suivis par après, hélas, du boycott de la même opposition au scrutin, des discours dubitatifs des membres de la Commission, des accusations graves de trucage des résultats,…

Et aujourd’hui le jeu, lui, est resté le même, seul la formule a, peut-être, changé: décevoir pour surprendre après. Et que voit-on ? Contestation de l’opposition dès le début du processus, une CENI plus que jamais controversée, qui vient de voir presque tous ses partenaires (société civile, partis politiques,…) se retirer de ses branches provinciales(CEPI) et communales (CECI), irrégularités pour ne pas dire des fraudes dans l’enrôlement des électeurs,…Pire, la grande coalition de l’opposition, l’ADC Ikibiri, vient de demander à la CENI de démissionner.

Même l’opposition

Non ! Ce n’est évidemment pas la spécialité de la CENI. En 2010, la même opposition, comme c’est du « qui perd gagne », s’est retirée de la course et le Cndd-Fdd, le parti au pouvoir, a tout raflé. Aujourd’hui, non seulement elle reste fidèle au raisonnement à l’envers en laissant faire la CENI, elle vient d’échouer de se mettre ensemble pour tenter de battre le parti au pouvoir.

Mais bon, comme c’est du « qui perd gagne », c’est, peut-être, la meilleure des cartes. Sauf que dans les faits, le jeu semble tourner au profit du camp adverse, le parti aux affaires, le Cndd-Fdd.

 

 

 

L’Afrique, toujours incognito

C’est mon premier constat avec deux journées à La Haye où je suis invité par le gouvernement néerlandais en tant que blogueur journaliste africain. Objet : comprendre le fonctionnement des instruments juridiques internationaux telles la Cour pénale internationale, la Cour internationale de Justice et la Cour permanente d’arbitrage.

En plein coeur de la ville de La haye

En plein coeur de la ville de La haye

Un Européen qui ignore tout sur le Burundi ? C’est normal. On digère. Mais…toute l’Afrique ? Quand même ! Là, j’ai éclaté. Une histoire aux épisodes interminables. Tout commence dès mon atterrissage à Amsterdam ce dimanche 16 novembre 2014. Jeune Africain qui nage dans un océan d’Occidentaux. Je joue le fils de la maison. Je serre les dents. Je pose peu de questions, je sais où se positionne mon chauffeur de taxi. Destination : mon hôtel, dans la ville de La Haye. Curieux, dans les autoroutes d’Amsterdam, assis sur le volant de son taxi plus confortable que les meilleures bagnoles de Buja, je dis vrai, le chauffeur lance la conversation.
Where are you coming from ? Son anglais titube comme le mien. C’est mieux. Le jeu est équilibré.

Moi : Burundi

Chauffeur : Where?

Moi : BU-RU-NDI ! J’ai envie de lui casser les tympans. Il reste gentil, ne réagit pas, et une idée me traverse l’esprit. J’enchaîne : Do you know Burundi ?

Chauffeur : No !

Moi : Is it the first time that you hear about Burundi?

Chauffeur : Yes !

Moi : What ! Il n’a peut-être pas entendu bien la question. Elle est mal formulée, oui. Les mots sont mal choisis, oui. Le niveau d’anglais n’est pas fameux, mais il a dû saisi l’essentiel me dis-je. Je repose ma question, pas de changement. Un peu choqué, je cherche une référence pour lui donner une idée de ce qu’est le Burundi. Voilà. Un nom surgit de ma petite cervelle : « Le Rwanda ! » Le chauffeur hoche la tête. Je tourne les yeux, gratte ma tempe. Et la réponse fuse : « Where people killed themselves ? ». Il ne savait visiblement que ça sur le Rwanda. Un coup de froid dans le dos, la phrase me froisse. Et le taxi arrive. Heureusement. J’ai quitté la voiture, bourré d’interrogations dont la principale : quelle image avons-nous donnée au monde ?

Même la Côte d’Ivoire ?

Comme chaque journée va avec son épisode. Mes amis ivoiriens m’offriront une belle occasion de rire un peu. C’est un peu méchant de ma part, mais…
Nous voici dans un magasin électronique devant une caissière pour régler les factures. Et cette dernière lance la conversation. Devant elle se trouvent des Africains qui parlent tout sauf l’anglais. Elle pose la question : « Are you in visit ? »
Les Ivoiriens : Yes. We come from Côte d’Ivoire. J’essaie de rectifier en soufflant dans les oreilles de l’un d’eux : « Dites Ivory Coast ». Il ne m’écoute point. « C’est la Côte d’Ivoire monsieur ! ». Ok. Je me calme. La caissière n’entend que du chinois tout comme mon chauffeur de taxi la veille. Cinq minutes plus tard : « Ivory Coast ! ». J’avais raison finalement. Sauf que la jeune fille, aux apparences d’une Indienne, ne sait visiblement rien, rien du tout, sur l’Afrique. Elle se rabat sur son ordi pour « googler » la Côte d’Ivoire. Mes amis essaient, tout comme moi avec mon chauffeur de taxi, de l’aider. Mais eux, ils ont de quoi présenter : « Drogba ! » « Who ? », rétorque la fille. « Didier Drogba ! » En Afrique tout le monde connaît Didi non ? Pourtant aucune info sur la star du foot européen de la part de la caissière. Et j’avais envie de lui demander : « Pourquoi moi je connais Van Persie, Arjan Robben, supporte Ajax d’Amsterdam dans mon petit coin à Buja? » Je digérai cette découverte, mais je rentrai cuit, mes amis ivoiriens grillés.

On attend le troisième épisode…

 

 

 

 

Mon cher Burundi, ne rate pas encore ta chance stp!

Peacekeeping - ONUBEncore une nouvelle tempête sur l’Afrique. La première, des années 60, étant passée pour balayer les colonisateurs. La seconde, un vrai ouragan cette fois-ci, qui est parti du nord pour faire escale à l’ouest (on attend la prochaine destination) est en train de faire un coup de balai à la tête de certains Etats pris en otage par le « colonisateur local ». L’ère du « printemps arabe » est révolue, aujourd’hui on rime déjà sur un probable « printemps noir ». Qu’est-ce qu’on n’entendra pas avec cette Afrique qui, visiblement, a du mal à comprendre que les mêmes causes produisent les mêmes effets ? Que n’inventera-t-on pas avec ces pays aux présidents qui ne tirent jamais des leçons de ce qui se passe chez leurs voisins ?

Mon pays

Les échos du Burkina se sont répercutés tout de go sur le Burundi. Fallait-il faire autrement ? Non. On s’y attendait. Le petit pays au cœur de l’Afrique était, à quelques exceptions près, dans la même situation que le pays des hommes intègres, tous avec des présidents tentés par un mandat jugé de trop. Un de mes billets écrits il y a quelques mois n’a apparemment pas besoin d’être actualisé pour parler de ce que risque « mon » pays en cas de forcing.

Faut-il encore attendre 50 ans ?

Un recul. Si le Burundi devait regretter une chose, c’est la mort du prince Louis Rwagasore en 1961, le héros de l’indépendance. Le pays a perdu la boussole, les chicaneries politico-ethniques ont pris place, la loi de la jungle s’est installée où le plus fort, sachant appuyer sur la gâchette que les autres, s’emparait bon gré mal gré du pouvoir. Cinquante ans d’enfer. Il vient de nous falloir un demi-siècle pour enfin avoir une autre opportunité de faire un nouveau départ. Le pays a un président élu démocratiquement. 2015, il aura fait dix ans à diriger le pays. Mais comme la « mathématique politique » a fini par devenir une science non exacte, personne ne sait plus s’il s’agit de deux mandats ou un seul. Tout en précisant tout de même que la loi souligne que cinq ans valent un mandat.
Mais au-delà de ces péripéties politiques, où tout le monde joue le con, comme s’il ignorait la finalité d’un tel jeu, une chose est sûre : une occasion en or de se remettre sur les rails pour bâtir un Etat de droit, prospère et démocratique vient de se présenter devant le Burundi. Quel président osera se laisser traverser par ce démon de s’éterniser au pouvoir si celui actuel a respecté les règles du jeu ? Mais tout se jouera en 2015, l’année charnière. Si on rate la chance, peut-être qu’il faudra encore attendre 50 ans voire plus pour espérer une aubaine pareille. Mais dans l’entre-temps, l’on pataugera encore dans nos futilités de politique sans vision, d’une économie qui ne fait que régresser… Et je ne sais pas qui l’on blâmera cette fois-ci, parce qu’il faut toujours trouver un bouc émissaire. Glauque.