Archives mensuelles : août 2014

Yuan…Yes we take !

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Juste après Washington le président burundais Pierre Nkurunziza, s’est rendu en Chine où il a rencontré son homologue Xi Jinping. Une visite de six jours qui s’est soldée par une série d’accords de coopération bilatérale et des promesses de financement.

Les autres Chefs d’Etat africains se seraient fait avoir en rentrant directement chez eux après le sommet Etats-Unis/Afrique? Probablement. Pierre Nkurunziza, le président burundais, peut en être témoin. Quand ses homologues se concentraient sur la séance photo avec le couple présidentiel et la dernière poignée de main avec l’homme le plus puissant du monde, le président burundais rêvait déjà de la Chine.

Il n’a pas traîné les pieds. Et il avait raison. Juste après Washington, il s’est directement envolé pour Nanjing. Il fallait récupérer le temps perdu. Il fallait trouver des yuans à la place des dollars et des euros de plus en plus exigeants, tantôt demandant de respecter les droits de l’homme, tantôt obligeant de rester dans les strictes normes de la Constitution et  patati patata. Des contraintes pour des sommes dont on n’est même pas sûr que l’on pourra jouir en cas d’impossibilité de briguer un autre mandat pour leur déblocage.

Des résultats tintants

Stratégie politique oblige, les présidents africains auraient bien fait d’aller en visite en Chine qui est, pour eux, le premier pays de la liberté. Là, personne pour leur crier dessus, personne pour leur donner des leçons de gouvernance. Là, on parle affaires et rien qu’affaires. Et les résultats sont éloquents, tintants. Le 19 août 2014 après une visite de six jours, le Pierre Nkurunziza revient avec un don de 10 milliards de francs burundais (environ 6 millions de dollars). Sans oublier 1 milliard pour financer les élections de 2015, et 30 milliards comme prêt sans intérêt. Paf ! De quoi clouer au bec les Occidentaux qui se targuaient d’être les seuls détenteurs de sa destinée.

Et le message semble être clair. Si les Etats-Unis veulent vraiment conquérir le continent noir, ils n’ont qu’à mettre suffisamment la main à la poche et exiger moins en retour.

Les gauchers, régalez-vous !

Mes amis gauchers, le saviez-vous ? Hier le 13 août c’était votre fête. Moi je viens d’apprendre l’existence de la journée alors qu’elle est célébrée depuis 1976. Dans mon pays, au Burundi, c’est visiblement un non-évènement. Et chez vous ? Laissez-moi au moins partager avec vous le châtiment que j’ai eu pour être né gaucher.

Sur terrain a récolter des témoignages avec ma main gauche

Sur le  terrain à récolter des témoignages avec ma main gauche

 

J’ai été battu. J’ai été Discriminé pour un seul crime : écrire avec la main gauche. Et moi je murmurais : « Seigneur, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Oui ! Même si j’avais fredonné à haute voix la phrase du Seigneur Jésus-Christ, j’eusse eu mille fois raison. Mon institutrice de la première année primaire voulait me voir réussir. Elle me voulait du bien. Mon père, qui passait à chaque fois en classe, bâton au creux de sa main, pour voir si je n’avais pas encore réussi à passer mon stylo de la gauche à la main droite, se souciait aussi de mon avenir. Il me surprenait et me tapait sur les doigts.

Mais moi aussi j’étais un gamin très difficile. Insaisissable. Assis sur mon banc pupitre. A la première rangée juste devant ma maîtresse, j’étais le seul qui écrivait de gauche à droite tel un Imam qui recopie les sourates du Coran. Tout le monde s’inquiétait. J’étais un fantôme. Il fallait me redresser. Sauf qu’ « en me ramenant dans le droit chemin », j’ai passé quinze ans jusqu’en deuxième année à la fac, à travailler contre ma nature, à me violer, à faire souffrir ma main droite qui avait d’autres chats à fouetter notamment saluer les gens. Il a fallu un après-midi inoubliable, en plein cours, quand un ange me traversa pour me rappeler que je suis naturellement gaucher. C’était parti ! Le challenge venait de m’être lancé. J’avais le choix : relever le défi et redevenir moi-même ou me dire : « Personne ne l’a jamais fait, pourquoi tenter le coup ? » et me résigner. J’ai pris la première option. J’y ai cru. En moins d’un mois, j’avais oublié mes quinze ans de souffrance.

Un problème culturel

Un handicap, un mal éduqué… voilà ce à quoi sont souvent assimilés les gauchers au Burundi. Culture oblige, il ne faut pas écrire avec la main gauche, il ne faut pas manger avec la main gauche, il ne faut…il ne faut pas…il ne faut. Plusieurs sont victimes de ces barrières et ne parviennent pas à décoller détenus dans les chaînes culturelles. Ayant vécu le même enfer que moi, un ami a toujours eu de mauvaises notes à cause de son écriture illisible. Vous savez quoi ? J’ai défié tout ceci et je suis désormais bien dans ma peau. Et ne l’oubliez pas, les grands hommes sont parfois gauchers : demandez à Obama !

Vivent les gauchers et le 13 août.Obama gaucher

Sommet Etats-Unis/Afrique : ne vous laissez pas impressionner mon cher président

Perdu dans l’un des coins du Burundi, voici la lettre que j’envoie à mon président Pierre Nkurunziza qui est aux Etats-Unis à l’occasion d’un sommet historique.

Pierre Nkurunziza et John Kerry

Pierre Nkurunziza et John Kerry

Quand vous êtes parti, voici ce que certains Burundais ont dit : « Certainement que Barack Obama ou tout au moins le secrétaire d’Etat américain John Kerry va glisser un mot, en coulisse, à Pierre Nkurunziza sur ses intentions de briguer un troisième mandat ». Peut-être oui, peut-être non ! Qu’importe ? De toute façon vous n’êtes pas le seul devant la tentation, Monsieur le président.

Laissez-moi plutôt vous demander ceci. N’hésitez pas à regarder en face Barack Obama. Si jamais il vous parle de respect de la Constitution, j’espère qu’il ne le fera pas, parlez-lui de Gaza. S’il évoque le rétrécissement de l’espace démocratique, sortez-lui ses derniers aveux sur les cas de torture par ses services de renseignement après le 11-Septembre.
Il se peut que vous vous trouviez en position de faiblesse, n’hésitez pas de faire appel à vos homologues africains. Kagame est là, Paul Biya le vieux dinosaure du continent est également au rendez-vous. Vous êtes plus de cinquante face à un seul homme.

Bref, faites un bloc et négociez tous ensemble surtout pour ces accords d’échanges commerciaux. Formez les Etats-Unis d’Afrique face aux Etats-Unis d’Amérique. Malheureusement Mouammar Kadhafi le grand partisan du concept n’est plus. Et qui l’a tué ? Soit.

N’oubliez pas tout au moins de passer à Boston pour faire un petit coucou à cette Burundaise Fabiola Nizigama qui vient d’être primée par Obama pour sa promotion de la culture d’amarante. Pas seulement elle. Francine Niyonsaba, notre trésor en athlétisme, portée disparue dans les amphithéâtres américains. Dites-lui qu’elle manque à ses compatriotes et surtout révélez-lui que sa concurrente, la Kényane Eunice Sum, va l’effacer si elle ne revient pas vite sur la piste.

Du reste, j’espère que vous passez un excellent séjour au pays de l’oncle Sam.

Merci, Monsieur le président