Archives mensuelles : février 2014

Samuel: la poubelle, son resto

Ce qu’est, parfois, être un enfant au Burundi…

Samuel

Samuel

Sa vie tourne autour de différents marchés de Bujumbura. Samuel, 5 ans. Toujours présent en short, dit-il. Un short qui connaît toutes ses misères. Un short hors du commun. Une fripe, à la couleur qui n’a rien à avoir avec celle originale suite à la poussière, qui garde sa marque par ses deux trous à l’arrière.
Samedi 11h. En bas du marché de Kinindo (sud de la capitale). Concentré, Samuel est à la « chasse » aux ordures, plutôt de la nourriture. Il fouille de poubelle à poubelle. La tâche n’est pas facile. L’odeur est désagréable. Mais visiblement le gosse n’en sent pas la gravité.
La faim ne le lui permet pas : « La nuit je n’ai pas mangé », lâche-t-il, les traits tirés. Il n’a pas le temps d’en dire plus. Dur ! Samuel n’a encore rien trouvé d’intéressant. Il est coincé sur une construction pleine de miettes de pain, de boite-emballages de sardine,…mais la pièce est fermée. Il regarde mais ne touche pas. Il « contemple » sa « nourriture » au travers de petites aérations de la pièce. Il fait glisser sa main courte. Peine perdue, il ne peut rien atteindre. Hélas ! Samuel décide de s’en aller poursuivre sa chasse ailleurs et je le perds de vue. La suite, c’est forcément le « copier-coller » de ce quotidien des enfants qui ont fait d la rue leur demeure . Glauque !

Et si les animaux burundais parlaient ?

Transport barbare de « nos » bêtes. Pas de loi, ni d’association pour bannir la pratique…

DSCN4748Ils boivent le calice jusqu’à la lie. Ils ne résistent pas. Ils n’ont pas la force de le faire. Ils, sont ces animaux, les uns attachés tel un sac de riz, sur un vélo, d’autres « enterrés » vivants dans des camions « Fuso ». Impossible pour eux de criailler. Même la gueule est ligotée. Poussées à bout par la douleur, la peau gisante de sang, pattes fracturées suite à la cohue régnant à l’intérieur de cette pièce de quelques mètres carrés derrière la cabine du chauffeur, ces bêtes savent de quoi l’être humain est capable.

Dans différents marchés des bovins, à Bujumbura et Ngozi (au nord du Burundi), la scène est terrifiante. Une dizaine de véhicules en file d’attente. Des bêtes prêtes à se battre refusant d’être embarquées. Elles ont le flair du malheur qui les attend. Des veaux, vigoureux, combatifs, guerroient de leurs deux cornes, lâchent leur colère. Ils se battent pour « un traitement décent », mais également, galanterie oblige, pour protéger les vaches vouées au même sort. La bataille parfois dure. Mais ils la perdent toujours et finissent par se retrouver entassés à l’intérieur du véhicule.

Les âmes sensibles, bouche bée devant un tel cynisme se noient dans un océan de questions : « N’y a-t-il pas d’organisations qui défendent les droits des animaux pour élever la voix? Pourquoi n’y a-t-il pas de loi interdisant cette pratique ?… ». Interrogation après une autre. Le comble, se désolent-elles, personne n’en sent le besoin. Car pour elles, «certes la destination de ces bêtes, c’est l’abattoir », mais, « qu’elles meurent en dignité ».

Burundi: après 2015, tout sera permis…

Pierre Nkurunziza, président de la république

Pierre Nkurunziza, président de la république

Mamane s’en est moqué dans sa chronique quotidienne il y a quelques jours avec la république des tambours à l’honneur. Les réseaux sociaux se sont enflammés. Tout le monde en parlait et en parle toujours : « Pierre Nkurunziza veut briguer un troisième mandat ». Toutefois, il ne s’est jusqu’à présent prononcé ouvertement sur ses intentions. Calme mais pas silencieux, il semble s’exprimer par les actes. Ejectant de son système tout danger potentiel susceptible de faire barrage au vote de la nouvelle Constitution, tel le cas de son ex premier vice-président Bernard Busokoza, qui lui donnerait le ticket de se présenter pour la 3e fois comme candidat en 2015, le chef de l’Etat est devant le plus cuisant des dilemmes de son règne. Le feuilleton me rappelle une leçon de mon professeur à la fac qui nous montrait la formule d’un « leader » qui parvient à imposer sa loi, oppressante soit-elle, malgré les jérémiades de ses gouvernés : ne jamais lâcher-prise et le peuple finit toujours par se résigner. Sauf que ce n’est pas un dogme. Mais si elle marche en 2015, en 2020 la tentation sera moins grande, et les tractations moins fortes. Le président de la république pourra se porter candidat pour un quatrième mandat sans trop de résistance. Si aujourd’hui les opposants politiques, la société civile, les confessions religieuses, la communauté internationale, …brandissent en premier lieu le respect de l’Accord de Paix d’Arusha, selon lequel : « Il (le président de la république) est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels » (Accord d’Arusha, Protocole II, article 7, point 3), que diront-ils en 2020 ? Qu’enfreindra le chef de l’État en s’offrant 20 ans de pouvoir ? A mon avis, rien. La ligne rouge c’est 2015. Après, tout sera permis…