CAN2017: Le roi de la jungle intronisé « Empereur de l’Afrique »

Cette histoire est dédiée à tous les lions, lionceaux et leurs descendants

Le Lion Indomptable

Un jour le pharaon voulut étendre son règne, civiliser le continent
Imposer le hiéroglyphe, construire des pyramides partout
L’Afrique subsaharienne était jusque-là sans routes, ni électricité, avec beaucoup d’arbres. Une vraie jungle quoi. Mais une jungle avec son roi : le lion.
Comme tout monarque, Sa Majesté opposa une farouche résistance à l’idée de céder son territoire.
La guerre fut déclenchée mais ne dura qu’1heure 30 min.
Pharaon et son armée furent engloutis, écrasés par l’armada de lionceaux
Tous les autres animaux de la forêt, dans leurs cachettes pendant la bataille, sortirent ainsi un à un.
Les panthères, les léopards, les éperviers, les éléphants, mêmes les hirondelles qui suivaient tout de très très loin, de leurs nids, vinrent tous célébrer la victoire. Ils s’agenouillèrent et intronisèrent leur roi : l’Empereur de l’Afrique, et le baptisèrent : Lion Indomptable !

 

Chuuut ! Ici deux enseignants abandonnés

Ils sont à deux, deux enseignants perdus, abandonnés dans les collines du nord-est du Burundi, en province Ruyigi, commune Gisuru. Pourtant, ils n’en sont pas conscients ! Avec leurs craies, ils semblent être les gars les plus heureux de la planète.

Assis, les écoliers suivent attentivement le cours de calcul            Photo: AGB

Assis, les écoliers suivent attentivement le cours de calcul Photo: AGB

Première impression : Un hangar hors d’usage, ou plutôt un poulailler abandonné. A l’intérieur, des visages innocents, des regards luisant, de petites voix angéliques, qui écossent les cinq voyelles de l’alphabet. Une école ? Rien pour le prédire. Il faut vérifier. Oui, c’est l’Ecole Primaire Nyakwibereka. Devant, deux héros. Deux enseignants qui ne voient rien de ces conditions de travail insupportables. Deux hommes qui ont choisi de boucher les oreilles aux altercations assourdissant après t’avoir aveuglé. Deux braves qui n’ont rien à foutre d’un pays qui marche à l’envers en fermant les robinets d’essence juste au moment où le baril s’arrache gratuitement. Au final, deux intrépides bien conscients que le pays a toujours la pépie des fils patriotes, et qui se donnent corps et âme pour en produire quelques-uns dans une salle qui n’a ni porte, ni fenêtre, sans parler de banc pupitre, avec des écoliers qui ignorent carrément à quoi ressemble un livre de lecture, qui se bricolent à l’africaine un tout petit support pour poser leurs fesses. Avec une chose en tête : rattraper le programme. Chez eux, pas de week-end. C’est un luxe de Bujumbura. « C’est le seul jour favorable pour être en avance », vous expliquera Ezéchiel kagina, l’un des deux enseignants. Les passants sont émus, parfois fâchés. Les uns s’inclinent, saluent ce courage inédit mais qui n’enlève rien à la colère des esprits chagrinés épinglant le laxisme des autorités, d’une politique d’éducation-la gratuité des frais de scolarité et le nouveau système d’école fondamentale-qui risque de tourner en fiasco.

Ici le reportage en langue nationale (le Kirundi) réalisé sur ladite école par les journalistes de l’Hebdomadaire Iwacu:

Les trois grands péchés récents du pouvoir de Bujumbura

Affaiblir le cercle des généraux, un limogeage qui ne devrait pas, un emprisonnement mal pensé, voici les trois grandes erreurs récentes, commises au mauvais moment, qui risquent de coûter cher au régime Cndd-Fdd.

Les militants du Cndd-Fdd en plein meeting.                Crédit photo: Iwacu

Les militants du Cndd-Fdd en plein meeting. Crédit photo: Iwacu

Toucher les Généraux

Ce fût un coup de tonnerre. Et c’est le fameux grand cercle des généraux qui a été touché, vexé, diminué et enfin affaibli. Nul n’ignore le poids que pesaient l’ex patron du Service National des Renseignements Adolphe Nshimirimana et l’ex chef de cabinet à la présidence Alain Guillaume Bunyoni dans le parti et dans tout le pays en général récemment touchés, quoi qu’ils fussent réputés pour « intouchables ». Leur départ semble avoir levé le voile sur le mythe Cndd-Fdd. Un parti jusque-là qui n’avait, visiblement, rien perdu de ses instincts de guérilla. Un journaliste se posait la question dans les colonnes de l’hebdomadaire Iwacu si l’aigle (emblème du parti présidentiel) ne serait pas en train de perdre ses plumes. Si, peut-être! Dans la mémoire collective, il ne représenterait plus la même force qu’hier. Et l’éviction des deux grosses pointures y serait pour quelque chose.

Limoger Niyombare

Il venait de prendre les rênes du service des renseignements. Trois mois après, un rapport accablant tombe. Le Général allait franco en demandant au président de renoncer à ses intentions de briguer un troisième mandat. Entre nous, que pouvait faire le chef de l’Etat ? Le limoger. (Je le soutiens). Sinon comment allait-il gouverner étant en conflit ouvert avec le chef de sa police ? [Le service national des renseignements= police présidentielle]. Mais là aussi, rien n’a été gagné. Le linge pouvait se laver en famille. Ils ont préféré l’étaler dehors. Soit. Godefroid Niyombare a été limogé. Personne n’ignore ce qu’il représente au sein du parti et dans le pays. C’est aussi un ancien guerrier de l’ex mouvement rebelle. Désormais, il est le symbole de ceux qui aspirent au changement au sein du Cndd-Fdd. Et le chef de l’Etat s’est créé plus d’ennemis dans son propre camp. La bataille la plus dure à gagner.

Emprisonner Bob

La pire des bourdes du pouvoir de Bujumbura. Il n’aurait pas dû. Pour les prochaines élections, l’attention portait peu sur la candidature du président, la question était plutôt de savoir si le peuple pourra dire « Non » à un « mandat de trop ». Là aussi, plus de doute. Le peuple est capable. Les détracteurs du pouvoir peuvent dire merci au grand « M » à celui qui a mis le directeur de la Radio Publique Africaine en tôle. Les récents manifs, du jamais vu au Burundi, lors de sa libération ont dégrisé les esprits.

Trois grosses erreurs que Bujumbura avec un pouvoir, qui, clopin-clopant, tente de prouver sa force, n’aurait pas dû commettre à deux mois des élections. Il reste à savoir si l’évasion de la prison d’Hussein Radjabu, ancien patron du Cndd-Fdd, qui défraie la chronique, n’apparaît pas comme première retombée des trois gaffes susmentionnées.

Time is money : les Burundais l’ont compris

HorlogeC’est la grande leçon que les Burundais peuvent tirer, à leurs dépens peut-être : le temps perdu ne revient, et ne reviendra jamais. Jamais ! Et faut-il l’avouer, le temps est désormais la plus grande richesse au petit pays Cœur d’Afrique qui a aujourd’hui droit à un fleuve d’infos. Avec un job qui donne du fil à retordre aux journalistes : faire le tri entre quoi traiter et quoi laisser tomber. Normal : le Burundi approche son grand rendez-vous, les élections.

Choisissons donc!

Nous avons eu le temps de célébrer le retour triomphal du journaliste Bob Rugurika qui avait été incarcéré injustement. Il a été accueilli par une foule en délire. Du jamais vu au Burundi !

Nous avons consacré un moment à commenter les destitutions en cascade des mauvais élèves du système Cndd-Fdd. Mais arrêtons-nous sur un fait, ou enfin sur un homme. Ce général qui aurait brisé le mythe en demandant au chef de l’Etat (les deux ayant fait le maquis ensemble) de ne pas briguer un troisième mandat. Un mandat contre tout, contre l’ensemble de l’opinion nationale, contre la loi…
Aussitôt nommé, aussitôt limogé : le général Godefroid Niyombare, conscient qu’il ne fera pas long feu à la tête des services secrets, savait que time was money. En trois mois, il vient d’entrer dans l’histoire par son « Non » un grand « N » au mandat de trop. C’est au moment où d’autres se battent pour avoir une séance rattrapage de cinq ans de plus aux dix ans déjà brûlés. Comme quoi le temps était du vent. Non. Time is money !

Ma lettre de félicitations à Robert Mugabe

Apres son discours à la Nation, Robert Mugabe chute suite à  une marche ratée

Après son discours à la Nation, Robert Mugabe chute après avoir raté une marche.

Sa Maj…plutôt Monsieur le président,

J’ai suivi avec attention les dernières tractations qui ont fini par vous porter à la tête de l’Union africaine. Contrairement aux mauvaises langues qui ne voient rien en vous que le despotisme, l’ivresse du pouvoir, moi j’ai décelé le talent de grand leader qui vous habite bien avant, quand je proposais aux Français de vous prendre comme alternative à François. Ils ne m’ont pas écouté et ils en font les frais. Certains ont fait grise mine, d’autres m’ont tout simplement pris pour un cinglé ne comprenant pas d’où je sortais une telle proposition. L’histoire vient de me donner raison. Vous avez mieux, toute l’Afrique Monsieur le président.

Quant à ceux qui ironisent sur votre récent pas raté pour finir en dégringolade, je vous assure que ce n’est autre que la jalousie de la presse. Une presse qui ne fait que scruter le moindre faux pas afin d’en faire une affaire d’Etat, le scandale de l’année…C’est d’ailleurs cette presse même que vous avez eu le courage et la sagesse d’empêcher de travailler librement dans votre pays pour limiter les dégâts.

Sinon, Monsieur. le président, s’il est des voix qui ne reconnaissent toujours pas vos prouesses en leadership, outre mon soutien, vous pouvez aussi compter sur les chefs d’Etat qui veulent s’offrir allègrement un troisième mandat cette année. Ils savent à l’avance ce que sera la position de l’Union africaine dont la direction vous est honorablement confiée.

Courage Monsieur le président !

Longue vie à Mugabe !

Vive l’Afrique !

Tout est politique ! Même le foot. C’est l’actu qui m’a tordu

Lors de la rencontre de ce mercredi 28 janvier 2015 entre CIV et Cameroun

Lors de la rencontre de ce mercredi 28 janvier 2015 entre CIV et Cameroun

Fan de foot. D’habitude, je ne rate pas une grande compétition comme la Coupe d’Afrique des Nations. C’est la grande fête pour le continent noir, le grand rendez-vous pour nourrir l’actu mercato par de nouvelles étoiles montantes. Mais cette fois-ci, j’ai porté atteinte à mon intégrité émotionnelle en ne regardant que quelques rencontres. Sinon, comment se délecter de ce joli spectacle quand tu es tout le temps mitraillé de mauvaises nouvelles, précisément de ce compatriote, un collègue, Bob Rugurika, directeur de la Radio publique africaine, emprisonné pour ses révélations fracassantes sur l’assassinat des trois sœurs italiennes ? Mettons de côté « regarder », il devient de plus en plus difficile pour un journaliste burundais de « penser foot » aujourd’hui.

J’ai failli rater le grand match

Il faudra un tweet héraut pour ressusciter mes instincts footeux, d’un média qui, d’habitude, n’est pas trop fan de l’actu africaine.

Chez nous, on ne rate pas un si grand match. Le lion qui rugit pour dégommer tout cru l’éléphant ? On ne résiste pas. J’ai dû chambarder tous mes programmes pour être tranquille devant l’écran de télé à 20 heures pile (heure de Buja). Le coup d’envoi lancé, je tourne les yeux, change de chaîne, me lamente… Où est Alex Song ? Ekotto ? Eto’o, lui, je savais. De nouveaux visages sur terrain. Mon verdict tombe sur le champ : cette équipe va être lynchée. Une minute, cinq, quinze… de très belles combinaisons. Pas de guerre des ego, les insultes, parfois coups-de-poing entre coéquipiers, c’est de la vieille histoire. Le groupe m’épate. « Gare à ma Côte d’Ivoire ! » la phrase me tourmente. Je serre les fesses. Puis une mouche me pique.

Aïe ! L’actu locale me rattrape : je pense à notre classe politique qui nous crée des histoires depuis des décennies, qui semble avoir échoué à aller au-delà de l’ego pour penser l’intérêt général, qui a du mal à concevoir un projet de société pouvant tirer le peuple burundais de la misère qu’il endure depuis plus d’un demi-siècle. Et mon cœur murmura en lui-même : « Tout est politique. Si jamais le tsunami qui a balayé les vieux lions du Cameroun pouvait passer chez nous pour mettre sur la touche ces vieux dinosaures pour permettre au sang nouveau de circuler ».

A Buja, nous avons tous raison

Embouteillage sur embouteillage. Les différentes artères de la capitale du Burundi sont inondées de voitures pendant certaines heures précises. Un vrai casse-tête. Au-delà des « nouveaux riches » qui font accroître le nombre de ces engins, un symptôme d’un grand cancer qui ronge nos âmes s’y cache.

 

En plein coeur de Buja

En plein coeur de Buja

Pointez-vous aux différents carrefours de Bujumbura le matin vers 8 heures, midi, et soir vers 18 heures, vous comprendrez une chose : tout le monde est pressé, et vous rentrerez avec un constat : tout le monde a raison. Une spécialité de Buja (Bujumbura pour ses fils et ses amis). Sinon que dire de ces dizaines de véhicules qui passent des heures à nous casser les tympans par des klaxons interminables, criant à qui veut les entendre, tentant de se frayer du chemin par tous les moyens, passant par les trottoirs des piétons, prêts à sauter faute de pouvoir dépasser, le respect du code de la route, ou plutôt le respect d’autrui, étant devenu une vieille histoire, démodée, digne que pour nos aïeuls.

L’iceberg

Ouais, c’est peut-être la partie visible d’un grand malaise, un désordre qui nous habite, nous hante, nous tourmente pour enfin exploser dans de petits détails qui passent parfois inaperçus. Je pointe cette pratique qui s’érige de plus en plus en une culture, cet égoïsme qui nous fouette tous quand on cherche à être servi en premier au guichet de la banque même si l’on est dernier à franchir la porte d’entrée.
C’est  cette loi du moindre effort qui nous guide quand nous faisons grise mine, jaloux, de voir notre collègue promu au boulot alors que nous sommes conscients qu’il fait mieux que nous.

J’épingle ce désordre qui se révèle dans certaines banalités : ces petits emballages de chewing-gum qui jonchent les rues malgré les poubelles publiques érigées dans pas mal d’endroits. Cette police, plutôt ces policiers-il ne faut pas globaliser-qui vendent les permis de conduire au lieu de faire passer le test aux futurs conducteurs, comme le dit la loi, afin de nous éviter cette cohue des véhicules qui ne savent plus lequel devrait passer en premier, bousillant ainsi notre temps.

Au final, c’est cet ego, cette médiocrité, ce manque de sagesse, ces calculs spéculateurs qui nous tordent, nous faisant tourner en rond, que je dénonce. Si seulement nous pouvions…Bujumbura serait…

« La guerre, c’est tout ce que j’ai à vous offrir »

Devant ces 90 jeunes « rebelles » (bilan officiel) sacrifiés pour une cause jusque-là inavouée, dans un affrontement avec l’armée régulière au nord-ouest du Burundi, il ne me reste qu’une chose : la prière.

NoooLes jeunes, « le Burundi de demain », nous rabat-on les oreilles sans cesse. Mais les voilà immolés sur l’autel des intérêts qui sont loin, très loin, d’être les leurs.

Pourtant, on nous les montre capturés sur le champ de bataille. Chacun tête baissée, confus, symbole de la traîtrise… Malheur aux vaincus ! Mais on n’a jamais vu ceux qui les envoient sur le front, les seigneurs de guerre, les maîtres-chanteurs qui ne chantent pas… qui ont, peut-être, les moyens d’offrir mieux : un travail, une chance de poursuivre les études, au lieu de les laisser tomber, décapités et déchiquetés, sous les balles de l’armée nationale pour une cause floue que personne ne veut assumer.

Seigneur, pardonne à tous ceux qui sont en train d’offrir une pierre au lieu du pain, un serpent au lieu du poisson, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! Amen !

 

 

Non, non, et non au bizutage dans nos universités!

Les portes de l’Université du Burundi sont fermées depuis peu. Les étudiants sont en grève. Pour cause, juste une histoire de bizutage qui aurait mal tourné entre étudiants de ladite université et ceux de l’Institut Supérieur des Cadres Militaires. Encore un couac qui ne fait qu’amplifier mes réticences.

UBQuoi de plus rabaissant que le bizutage? Quel épisode le plus avilissant, humiliant que ce passage (devenu) obligé pour ces étudiantes novices, têtes baissées et rasées, embarrassées dans les rues de Bujumbura, au nom du « grand », « respectueux » et historique baptême, cher à la seule université publique, l’Université du Burundi ? Quelle expérience la plus exécrable pour un jeune étudiant que de se faire tabasser, cracher dessus, par ceux censés te protéger, pour la simple faute d’avoir franchi les portes de l’université ? Rares sont les moments où j’affiche carrément ma prise de position. Ici, dois-je le dire tout haut, c’est le ras-le-bol. Je me sens obligé de le vomir, ma capacité de digestion ayant tiré sa révérence.

Qui sont les artisans du bizutage?

Les anciens ? Trop simpliste. Disons « poilissimes », comme ils se nomment. Et que veut dire le mot ? Ne me posez pas la question. Eux-mêmes ne font que tourner les yeux au lieu de se définir. Certains tentent une explication se référant aux fameux poilus, les soldats français, de la première guerre mondiale. Faisons simple et plantons leur décor: une armada de gars qui travaillent le plus sur le paraitre, dégageant un air frimeur partout sur leur passage. Toujours en chemise longue manche, jamais en pantalon jeans perçu comme une tenue des sans scrupule, marchant toujours à pas de tortue en l’honneur d’un slogan populaire : « le poilissime ne court jamais même si ses intérêts sont en danger »,…Bref, une génération dans la geôle de la nostalgie, de l’illusion, se prenant pour les lauréats de l’époque coloniale pour qui tout (bon boulot, belle voiture, maison qui fait rêver…) les attendait impatiemment à la sortie de l’université. Mais comme la vie est impitoyable, c’est au bout du tunnel, que l’on réalise qu’on a perdu quatre ans dans des futilités, n’ayant jamais eu l’occasion d’apprendre comment créer par exemple sa propre entreprise, petite soit-elle, pour défier ce fléau du chômage qui risque de mettre à genou toute cette jeune génération, les « poilissimes » y compris.

P.S : le Burundi n’étant pas une île, voici quelques témoignages de ce qui se passe aux quatre coins du monde :

Magloire Zoro (Ivoirien, étudiant en Egypte) : « Bonjour Frangin. Là où je suis en Égypte, il n’y a pas de bizutage, c’est une Université qui forme les cadres africains. J’ai posté un lien à propos sur mon mur. Tu peux voir la vidéo pour te faire une idée de l’Université. Et avant ça, j’étais dans une Université privée à Abidjan (UCAO) où il n’y a également pas de bizutage. J’étais aussi parallèlement dans une Université publique en Côte d’Ivoire. Là-bas, il ne s’agissait pas tellement de bizutage, mais c’était plutôt une perpétuelle pratique d’intimidation opérée par la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) sur tous les étudiants qui n’épousaient pas leurs idées. Tu en as entendu parler j’espère ! Cette psychose a duré jusqu’à la récente crise postélectorale qui a permis de faire le nettoyage du système académique… »

Juscaëlle Iradukunda (Burundaise, étudiante en Italie) : « Ici, on ne pratique pas le bizutage. Plutôt quand je suis arrivée pour la première fois, on m’a présentée mes professeurs pour qu’ils sachent que j’ai des difficultés de langue, ne parlant pas l’Italien,…Vraiment ces histoires de bizutage n’existent pas ici. »

Une étudiante, Burundaise, qui évolue en Europe (elle a requis l’anonymat) : « Oooohh. Quand l’année commence, tu arrives et tu entre directement dans ton bloc. Il n y a rien de baptême pour les nouveaux à l’instar de ce qui se passe au Burundi. »

Qui peut prétendre fêter noël comme eux?

IMG-20141224-WA0002C’est noël. Mieux : dans la capitale Bujumbura, au Burundi, c’est le moment de franchir certaines limites : s’offrir le meilleur des vins même si ce n’est pas évident pour le minerval des enfants au mois de janvier. On s’en fiche. C’est noël. Il faut faire comme les autres. Le qu’en dira-t-on à l’africaine. Il faut aller rendre visite le voisin, même pour le moins sociable. Et surtout, une pratique finalement universalisée et médiatisée, il faut organiser un Noël pour les enfants : boire, manger, jouer pour enfin chanter et danser. Sauf qu’au village, je n’ai jamais vu cela.

Pourquoi ?

Pour eux, les fils du village, noël, c’est chaque jour ou jamais. Eux qui ignorent tout sur le père noël et sa magnanimité d’offrir les cadeaux partout. Mais qu’importe ? Ils n’ont pas les bonbons et les gâteaux à déguster, pourtant à chaque minute qui passe, ils partagent tout, même rien : la misère, la joie qu’offrent ces patates douces parfois cachées dans ces culottes aux yeux grandement ouverts par derrière laissant respirer allègrement les fesses. Sont-elles de leurs champs culturaux ou pas ? Cuites ou crues ? Ce n’est pas leur problème. Ils préfèrent d’ailleurs les grillées. Ce sont celles-là, vous diront-ils, qui revigorent le plus, pour affronter le quotidien du village : escalader les collines à la recherche de l‘eau potable après les cours, les « d à d » (devoirs à domicile) restant une affaire des citadins, jouer au foot même sans ces indispensables grolles édentées, parfois faire la cuisine,…

Chez eux, au village, le noël c’est chaque jour. Et personne ne peut prétendre le fêter comme eux. Normal ! Ce sont des anges.